HIC ET NUNC

Vincent van Gogh
Nuit étoilée (1889)
MoMA / Wikimedia Commons

En tant qu’elle défie l’entendement, la question de l’existence de Dieu n’a pas de sens ; sauf à en avoir une intuition purement affective, justifiant par ailleurs la croyance en la prédestination.

« De toutes les opinions humaines et anciennes touchant la religion, celle-là me semble avoir eu plus de vraisemblance et plus d’excuse, qui reconnaissait Dieu comme une puissance incompréhensible, origine et conservation de toutes choses, toute bonté, toute perfection, recevant et prenant en bonne part l’honneur et la révérence que les humains lui rendaient, sous quelque visage, sous quelque nom et en quelque manière que ce fût […] »

L’équivoque du propos de Montaigne (Essais II, 12) est révélatrice de la perplexité dans laquelle nous plonge l’énigme de nos origines et de notre destinée. Existence de Dieu ou pas, personnel ou non, éternité ou immortalité (par les œuvres), esprit ou matière, liberté ou détermination : autant de projections de notre logique d’« animal politique » qui, une fois expulsées hors de soi et du monde, sont dépourvues de réalité selon nos critères.

Alors qu’importe, autant s’en remettre à l’« être » – sans majuscule à ce qui est, ici et maintenant, qui devrait bien plutôt nous occuper et faire l’objet de tous nos soins, si tant est que l’on aspire à jouir des attributs qui lui sont attachés, lesquels s’imposent à soi dans leur évidence sensible. C’est à ce prix, inestimable, que l’Etre méritera d’acquérir – avec la majuscule – ses lettres de noblesse, que Spinoza lui aura, mieux que tout autre, consacrées.

La Philosophia perennis, comme une spirale éternellement enroulée sur elle-même, a encore de beaux jours devant elle avant d’être submergée par le néant, hybride d’être et de non-être, que l’apocalypse annonce et auquel il introduit : : « L’univers est une succession perpétuelle d’évènements ; mais son fondement, d’après la Philosophia perennis, est le présent, vide de temps, de l’Esprit divin. »

Toutefois, que perdrions-nous à retrancher de la citation d’Aldous Huxley « l’Esprit divin » surgi, comme une cerise, sur le gâteau de l’univers ?