A PROPOS DES « MISERABLES », LE FILM DE LADJ LY

Montfermeil, quartier des Bosquets (2007) Photo Marianna / Wikipedia

Incroyable ! D’après le Journal du Dimanche du 19 novembre dernier, le président Macron aurait déclaré, après avoir vu le film de Ladj Ly, avoir été « bouleversé par sa justesse » au point de demander au gouvernement de « se dépêcher de trouver des idées et d’agir pour améliorer les conditions de vie dans les quartiers ».  Ce qui lui a valu une réplique cinglante de Jeanne Balibar, qui incarne la commissaire du film et n’en est pas à sa première charge contre « le président des riches ».

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L’AUTRE FACE DES « MISERABLES » (1)

Tête de Janus, dont la représentation masque ici l’antagonisme – Musée du Vatican – Photo Loudon Dodd / Wikimedia Commons

Tel Janus, le « Grand Ensemble » se dresse avec sa double face : celle de la rébellion opposée à celle de la lucidité et du courage. Libre interprétation du mythe antique, dont la double figure incarne l’avenir opposé au passé, mais aussi la guerre et la paix ; métaphore du grand ensemble qui, après avoir délibérément et brutalement tourné le dos au passé dans les années 50-60, hésite encore aujourd’hui à regarder l’avenir en face.  

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L’AUTRE FACE DES « MISERABLES » : SYNTHESE

Pour une « révolution copernicienne » du renouvellement urbain : renversement méthodologique

« … être dans une œuvre de l’homme comme poissons dans l’onde, d’en être entièrement baignés, d’y vivre, et de lui appartenir… » Paul Valéry : Eupalinos ou l’Architecte

A travers « Les Misérables », sacré Meilleur film au palmarès 2020 des Césars, Ladj Ly, réalisateur habitant de Montfermeil, a mis l’accent sur une face des grands ensembles de banlieue : celle de la pauvreté, de la marginalité et de la violence, symptômes de la fracture urbaine qui affecte ces quartiers relégués à la périphérie des villes, déconnectés des équipements et services de centre-ville. Une fracture qui, non seulement isole territorialement, mais traverse de part en part les strates de la société : économique, sociale, culturelle…

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LYON-LA DUCHERE : Au coeur du renouvellement urbain, la culture conjuguée à l’action sociale

Chères lectrices, chers lecteurs

Nous poursuivons aujourd’hui le récit tiré de notre enquête sur la culture dans le renouvellement urbain. A chaque territoire sa spécificité répondant à une histoire, une société locale et aussi à une politique. D’où des configurations variées. Les 4000 de La Courneuve, avec sa scène conventionnée, sur lesquels nous nous sommes précédemment penchés, se trouvait à cet égard dans une situation intermédiaire par rapport aux quartiers Nord de Marseille dominés par sa scène nationale et La Duchère dont le paysage culturel est plus éclaté, partagé entre une MJC, des centres sociaux et des compagnies théâtrales. C’est dire que la culture est non seulement se qui relie les habitants entre eux mais qu’elle est plus fondamentalement à l’articulation de l’urbain, compris dans sa matérialité, et de la société urbaine saisie dans sa chair. Ce qui vaut à l’architecture, au terme de la loi du 3 janvier 1977, d’être une « expression de la culture ». Définition que ne désavoue pas la loi du 7 juillet 2016 relative à « la liberté de création, à l’architecture et au patrimoine ».

A chacun son projet, donc, relié à un territoire dont l’espace architecturé disperse, en dépit de son immersion paysagère, des habitants que la culture a pour ambition de rassembler. C’est aussi bien le projet culturel et artistique de Francesca Poloniato, directrice de la scène nationale du Merlan à Marseille, dont le slogan « Au fil de l’Autre » est fondé sur « la présence, l’ouverture et le partage » que celui d’Armelle Vernier, directrice de la scène conventionnée d’Oudremont à La Courneuve, qui, dans un « monde en chantier », suggère de « laisser parler l’imaginaire : rêvons, échangeons, inventons, les artistes nous en donne l’occasion ».

Sous d’autres formes encore, les acteurs qui président au destin culturel de La Duchère ne disent pas autre chose sur le fond. Mais la forme est loin d’être indifférente au fond quand les cultures – le pluriel est de mise dans ces quartiers – sont confrontées à la diversité. Irréductible? à voir ! Défi ? c’est sûr !

Cela étant, dans un monde que la modernité a fragilisé, il faut bien s’interroger : où va la culture? vers quel horizon nous mène-t-elle ? Questions que l’on ne saurait approcher sans évaluer ce qui constitue l’efflorescence de toute culture : les expressions artistiques dans leur variété, et sans en sonder la source, à savoir les religions.    

Bonne lecture. 

La Duchère : l’esplanade « Compas-Raison » Aménagement sculptural de Serge Boyer
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LYON-LA DUCHERE : Au coeur du renouvellement urbain, la culture conjuguée à l’action sociale (2)

Chères lectrices, chers lecteurs

A l’heure où les « gilets jaunes », après les « bonnets rouges », contribuent à accentuer, non sans dramatisation, l’opposition entre le « peuple » des campagnes et le « gratin » des métropoles, on en oublierait presque une autre opposition qui  perdure malgré tout, celle entre centres-villes et banlieues, dont les grands ensembles, enclaves  aujourd’hui rattrapées par l’extension urbaine. Pour être de nature différente les deux oppositions n’en relèvent pas moins d’un antagonisme plus général entre tendances centrifuges et tendances centripètes prises dans un chassé-croisé toujours recommencé.

Pour le Centre d’études, de recherches et de formation institutionnelles (Cerfi),  fondé en 1967 par Félix Guattari, la ville était « métaphore » de la répression du désir à travers les équipements collectifs du pouvoir. Dans son sillage, Alain Médam pouvait en 1971 parler de « ville-censure » et  Jacques Dreyfus en 1976 de  « ville disciplinaire ». Mais, par un de ces renversements  dont l’histoire a le secret, aujourd’hui c’est le monde rural et périurbain qui serait  victime du refoulement du désir, dont l’expression serait étouffée par la « souffrance » et la « colère », alors qu’en ville l’individu, fondu dans la foule anonyme, trouverait les conditions de sa libération.

C’est méconnaitre que, de nos jours, l’avenir se joue peut-être moins dans la ville ou la campagne que dans l’« entre-deux » qui les oppose au lieu de les réunir, faute d’une politique de territoires équilibrée. Aussi, après Guattari et ses émules, on peut bien poser la question : de quoi la banlieue et les grands ensembles en rénovation sont-ils la métaphore ? D’une fracture sociale, économique, culturelle… redoublée d’une fracture territoriale qu’on retrouve à tous les niveaux de l’espace national, entre nomades périurbains et sédentaires des villes et des campagnes ; plus largement d’une fracture entre « riches » et « pauvres », entre le peuple et les élites, le peuple et la représentation nationale, celle-ci et les gouvernants. Fracture qui se reflète jusqu’en notre for intérieur clivé en une mentalité urbaine et une mentalité rurale irréconciliables – vestiges d’une histoire sociale marquée par les migrations. Fracture sur laquelle un ancien président de la République avait fondé sa campagne électorale, bien en vain : diagnostic laissé en jachère, dont les gouvernements successifs ont hérité, tentant de colmater des brèches dans le cadre d’une politique de la ville erratique, impuissante à prendre le problème à bras le corps pour s’attaquer aux causes d’un mal qui la dépasse. Illustration aujourd’hui à travers l’expérience de la rénovation de La Duchère dont nous poursuivons l’exposé. Le centre social de La Sauvegarde implanté en limite nord-ouest du site – à la différence de celui du Plateau, coeur rénové du quartier – s’est retrouvé confronté à une situation physique et sociale d’autant plus dégradée que le renouvellement urbain du secteur se faisait attendre. Situation que la directrice du centre social qualifiait à juste titre d’ « entre-deux », dans tous les sens du terme : spatial mais aussi générationnel. « Entre-deux » ambivalent, symbole d’un profond malaise, mais creuset de dynamiques et d’initiatives qui peinent à être reconnues.

 Ne pas opposer le centre à la périphérie, donc, mais repenser en de nouveaux termes les problèmes que posent les inégalités de développement et déséquilibres territoriaux qui sont à la source de cette polarisation, laquelle ne cesse de se déplacer pour épouser les contours d’une société fragilisée par les conséquences de la libéralisation à outrance de l’économie (dérèglementation), du progrès technologique destructeur d’emplois, de l’urbanisation généralisée et de la mondialisation (ouverture à la concurrence). On ne sortira de cette opposition, perçue par l’opinion à travers des verres déformants, qu’avec une  politique qui sache prendre en compte la spécificité des territoires, leur vocation et leur complémentarité telles que l’histoire et la géographie les ont façonnés, mais en se projetant vers l’avenir. Si les récentes annonces du gouvernement relatives à la « réindustrialisation » de 124 « territoires périphériques » vont dans ce sens, il y a encore beaucoup à faire pour compenser la suppression, justifiée par la baisse de la démographie, des services publics en milieu rural, rééquilibrer la répartition des logements sociaux, réglementer les loyers en fonction d’un objectif de réduction de la dépendance à la voiture et, parallèlement, pallier l’éloignement des emplois en développant transports en commun et économie numérique, etc.

Le « En même temps » du Président est sans doute entaché de trop d’ambiguïtés.  L’expression serait juste si, mettant l’accent sur la nécessaire coordination synchrone du traitement des problèmes, elle n’avait pas conduit à une sous-estimation des contraintes de temps. Le mouvement des « gilets jaunes » – chez lesquels des relents de poujadisme viennent se plaquer sur un populisme de droite et de gauche mêlées – aura au moins eu un mérite, celui de mettre au jour les incohérences d’une politique qui a trop tardé à assumer les conséquences sociales d’une transition énergétique incontournable.

C’est pourtant la même méthode qui avait été prise en défaut dans la programmation de la politique de la ville, corrigée in extremis en septembre dernier, même si on peut estimer que c’est encore insuffisant. En bon cartésien (*) le gouvernement  a réaffirmé sa volonté de garder le cap ; encore faut-il qu’il prenne la mesure des réactions que ne manque pas de provoquer son volontarisme qui, si justifié soit-il, néglige par trop l’impact qu’il peut avoir sur l’opinion.

C’est aussi la leçon que nous ont délivrée les politiques de la ville qui se sont succédé depuis 40 ans : faute d’avoir su prendre en compte les interactions entre opérations de rénovation, accompagnement social, soutien à l’activité économique et à l’emploi, développement durable et promotion culturelle, ces politiques se sont, dans le passé, enlisées. Il reste à concevoir et mettre en œuvre, sous l’égide du nouveau ministère de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, une politique digne de ce nom, c’est-à-dire intégrée, de nature à combler le fossé qui oppose les conditions plus que les mentalités, à réconcilier urbains et ruraux afin qu’ils retrouvent la positivité du désir – sur laquelle misaient en leur temps Guattari et son complice Deleuze, aujourd’hui sacrifiée à la civilisation du numérique – dans le choix d’un type d’habitat et d’un emploi qui ne soient plus discriminants.

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(*) « Ma seconde maxime était d’être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais, et de ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses, lorsque je m’y serais une fois déterminé, que si elles eussent été très assurées. » (Maximes touchant à la « morale par provision » de Descartes : Discours de la méthode, III)

  

                                                                                      Duchère : Tour panoramique en arrière plan

 

b) Le centre social de La Sauvegarde en périphérie nord-ouest de La Duchère

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LYON-LA DUCHERE : Au coeur du renouvellement urbain, la culture conjuguée à l’action sociale (4)

Chères lectrices, chers lecteurs

Confronté à la violence, le gouvernement a dû céder. Plutôt qu’en déduire l’efficacité de la violence, c’est à la pratique de la démocratie qu’il faut s’en prendre. Et en tirer les leçons pour l’avenir, à savoir que la vérité du politique dépend tout à la fois de :

la représentativité de la majorité sortie des urnes,

la justification des intérêts qu’elle est en capacité de défendre,

la pertinence et la cohérence du projet politique dont elle est porteuse.

Dans une configuration idéale le projet politique est mis en œuvre par une majorité représentative des intérêts en cause. Autant dire qu’une telle conjonction n’étant jamais réalisée, il n’est, à défaut d’un introuvable consensus, pas d’autre alternative, hors la violence, que l’opposition ou le compromis. C’est tout le sens du « bouclage politique » : assurer que les préoccupations et aspirations des citoyens seront relayées par les institutions, dont le parlement, le gouvernement et le président de la République incarnant l’Etat, garant de la cohésion nationale.

Persuadé que la violence est soit l’expression d’une parole dévoyée soit le dernier recours des mutiques, qui avancent masqués, chacun doit se résoudre à l’alternative pour autant qu’il croit à la force créatrice de la parole vraie. C’est ce dont sont convaincus les animateurs et compagnies artistiques du quartier de La Duchère en rénovation, qui s’efforcent, non pas de porter la parole, si bonne soit-elle, mais de la faire émerger de frustrations accumulées au fil d’un trop long temps d’exil.  Et ce, selon trois modes spécifiques afin qu’elle puisse remplir son office, différemment entendu en fonction des objectifs poursuivis et des méthodes adoptées : l’éducation populaire avec les ArTpenteurs, le théâtre documentaire avec Le Fanal, le théâtre action, de source belge, avec le Lien-Théâtre. Trois modes attachés à une parole antidote de la  violence, adaptés à ce que vivent les habitants des grands ensembles en rénovation ; modes d’intervention théâtrale qui, en raison de cette situation même, se distinguent du théâtre forum du brésilien Augusto Boal destiné, dans un tout autre contexte, aux populations opprimées des favélas.

Si pour Falk Richter, dramaturge allemand, « plus le théâtre a lieu dans la politique et dans les médias, moins il y a lieu au théâtre », se puisse-t-il que plus il ait lieu au théâtre moins il ait lieu dans la rue ?

Après trois samedis d’émeutes, chercher à comprendre ne suffit plus, il faut revenir à la raison, à savoir : ne pas céder à la violence, non plus à la bêtise ! Quitte à ce que les convictions cèdent devant le sens des responsabilités.

Bonne lecture tout de même.

X
Duchère : Flèche de l’église de Balmont convertie en cinéma d’Art et d’Essai

d) Lorsque la parole des habitants est relayée par l’expression artistique  

En association avec les centres sociaux et la MJC, les compagnies artistiques viennent en renfort pour porter la parole des habitants et la mettre en scène chacune avec sa personnalité, ses méthodes de travail, son expérience des publics. Nous avons identifié trois champs d’action représentés par trois compagnies à la rencontre desquelles nous avons été pour comprendre ce qui les animait et le retentissement de leur action sur la vie des gens et les relations sociales. Trois champs d’action autour de la parole et du jeu.

1. La parole des habitants au crible de la diversité culturelle

Nous avons retrouvé Patrice Vandamme, fondateur et directeur artistique de la Compagnie des ArTpenteurs, au Ciné Duchère, ancienne église désaffectée, œuvre moderniste de Pierre Genton, architecte, dont la flèche se dresse obliquement au-dessus de la masse grise de ses murs de béton brut. Figuration autrement symbolique dans sa forme autant que dans sa couleur. Nous avions quelques jours avant été accosté par lui place Abbé-Pierre, brandissant, en compagnie d’autres habitants, des banderoles multilingues. Patrice Vandamme, dont la compagnie peut s’enorgueillir de 24 années d’activité culturelle et a élu résidence à La Duchère depuis  2002, se réclame de l’éducation populaire. Il revendique une dimension pluri-artistique qui tourne autour du théâtre, de la parole, de l’écriture et de la lecture ; « l’idée étant de proposer des moyens d’expression aux personnes pour être présentes à elles-mêmes, aux autres et au monde, retrouver un certain dynamisme en déployant sur un territoire un projet global, en allant vers les gens pour proposer des spectacles et les associer à des projets culturels ancrés socialement ».

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LYON-LA DUCHERE : Au coeur du renouvellement urbain, la culture conjuguée à l’action sociale (5)

Chères lectrices, chers lecteurs

La fièvre est donc retombée. Les annonces présidentielles ont semé la division dans un mouvement qui prétendait incarner la volonté du « peuple », convertissant une fracture sociale en fracture partisane ; mouvement peut-être bien près de reproduire en son sein la dichotomie, pourtant dénoncée, entre représentants et représentés pour faire enfin valoir une parole susceptible d’être entendue par les politiques.

Il n’empêche, les « gilets jaunes » ont, en occupant les ronds-points et la rue, obtenu ce qu’aucune organisation sociale ou politique, syndicat, parti…, n’aurait osé espérer en suivant les voies de la délibération, de la manifestation dans l’ordre ou de la grève. Victoire incontestable, même si elle n’est pas reconnue comme telle par les plus radicaux, mais en trompe l’œil qui masque une réalité beaucoup plus profonde : celle d’une économie néolibérale à l’origine d’inégalités de plus en plus ressenties comme insupportables et d’une démocratie malade faute d’être capable de représenter la diversité des intérêts, privés par ce fait même de relais d’expression. A défaut de s’attaquer aux problèmes de fond, il y a fort à parier que le « système », qui n’est pas à un détournement près des conquêtes sociales,  reprenne d’une main ce qu’il a cédé de l’autre. Tant que l’on renoncera à arbitrer entre une politique économique de réduction à la source des inégalités et une politique de redistribution  visant seulement à en atténuer les conséquences dévastatrices, le fossé entre les « riches » et les « pauvres » continuera à se creuser et le revenu des classes moyennes à s’éroder.  Tant que l’on reculera, par esprit de corps, devant l’inéluctabilité d’une réforme en profondeur des institutions pour y introduire la représentativité de citoyens investis d’un réel pouvoir d’initiative et « de faire », la démocratie périclitera au profit de mouvements de contestation stériles parce que déconnectés du politique. Tant que l’éducation nationale se repliera, par corporatisme, sur son pré carré, elle ne se rendra que plus impuissante à lutter contre l’obscurantisme, le sectarisme, le complotisme, l’intolérance, le déferlement des fake news qui gangrènent la société dite « postmoderne ». L’obsession du pouvoir d’achat, si légitime qu’elle soit, ne doit pas masquer le déficit culturel qui affecte les comportements et l’opinion des laissés-pour-compte de nos élites, et qui exigerait d’investir dans une conception « intégrée » de la culture faisant le lien non seulement entre l’éducation, l’instruction (civique et politique), l’information et la sensibilisation à l’art, mais également avec les développements du numérique, de l’Internet et des réseaux sociaux ; développements dont les effets pervers ne sont plus à démontrer et tendent à déborder sur les bénéfices, qui demeurent encore largement inexploités. Faute d’une prise de conscience sans concession, la coupure dénoncée entre le peuple et les élites s’accentuera.

En lançant un grand débat national sur les questions soulevées par les « gilets jaunes », le président Macron, qui a par ailleurs doublé les crédits affectés au renouvellement urbain, se serait-il inspiré de l’exemple des quartiers prioritaires de la politique de la ville où ont été mis en place des conseils citoyens engagés dans un processus de « coconstruction » des projets de rénovation ? Le gouvernement est en tous cas bien placé à travers son ministère de la cohésion des territoires – censé promouvoir un équilibre entre espaces urbanisés et ruraux – pour  en  tirer  les  enseignements ; la politique de la ville et le renouvellement urbain, terrain d’expérimentation de la démocratie de proximité défiant, en tant qu’«entre-deux territorial et social», toute tentation de polarisation.

***

Dans le quartier en rénovation de La Duchère à Lyon, la culture se surimpose au renouvellement urbain et à l’action sociale selon trois modalités portées par les deux centres sociaux, la MJC et les compagnies artistiques ; ces dernières ayant elles-mêmes leur propre mode d’intervention : l’éducation populaire pour les ArTpenteurs, le théâtre documentaire pour Le Fanal, le théâtre action pour le Lien-Théâtre. 

C’est avec Le Fanal que nous poursuivons aujourd’hui notre exploration des expériences culturelles menées à La Duchère, leur spécificité et leur impact sur le quotidien des gens affectés par les opérations de renouvellement urbain, leur cortège d’espoirs et de désillusions.   

Ainsi, avant de faire connaissance la semaine prochaine avec le Lien-Théâtre, laissez-vous guider aujourd’hui par Le Fanal.

La Duchère
Place Abbé Pierre sur laquelle s’ouvre la bibliothèque Annie-Schwartz

d) Lorsque la parole des habitants est relayée par l’expression artistique (suite)

2. L’exil rejoué et exorcisé

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