XVIII – D’UN GHETTO L’AUTRE — 4) Le séparatisme social selon Eric Maurin

A propos des enquêtes de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot et des interventions de François Dubet et Didier Lapeyronnie

A confronter les travaux de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot[1], d’une part, de François Dubet et Didier Lapeyronnie[2], d’autre part, on mesure non seulement l’abîme qui sépare les clubs résidentiels des grands ensembles de logement sociaux mais également l’écart entre des méthodes d’appréhension de phénomènes sociaux irréductibles. L’approche distanciée et critique adoptée par les deux premiers sociologues peut paraître d’autant plus facile que l’on reste extérieur au domaine étudié et celle des deux autres, portée par un souci de compréhension, d’autant plus courageux, par contraste, que l’on vient de l’extérieur. Certes, l’implication des chercheurs, dans ce dernier cas, n’est jamais que transitoire, mais elle n’en est pas moins méritoire, tant l’investissement de ce qui nous est étranger comporte de risques de rejet. Comme si la critique était liée à une forme d’envie ou désir, plus ou moins conscient, d’identification à une appartenance sociale inaccessible, et l’empathie, en réaction à une certaine mauvaise conscience, à des sentiments de compassion. L’une et l’autre, au même titre que l’objectivité et la subjectivité ou l’explication et la compréhension, n’en constituent pas moins les deux faces d’une éthique applicable à une réalité sociale scindée et scandaleusement contrastée. Ce n’est pas en opposant dos à dos les ghettos et en ignorant l’entre-deux territorial et social – l’urbain au sens fort du terme et les classes dites moyennes – que l’on refera société selon l’expression à la mode. Si l’intervention sociologique à base d’observation participante peut être conciliée avec l’objectivation et l’analyse critique, le fait que chacune de ces méthodes s’appliquent à des univers sociaux qui s’ignorent devrait nous interpeller sur la pertinence de notre approche du social. Car, comment fonder une politique sur des analyses divergentes par leurs méthodes et leurs engagements ? Quand on peut s’accorder sur les fins, il reste toujours à le faire sur les moyens, et ce, à une échelle qui déborde celle des quartiers et des disciplines, une échelle englobante, cadre d’une action à même de confronter ce qui est disjoint. C’est tout le problème en France de la politique de la ville dissociée des politiques urbaines, de ses atermoiements et de ses palinodies depuis 40 ans – pas moins.

Le Ghetto français, sous-titré Enquête sur le séparatisme social, d’Eric Maurin constitue précisément une tentative pour resituer ces enclaves que sont les ghettos dans leur contexte social et faire ressortir le lien qu’il peut y avoir entre ceux qui sont le refuge des riches et ceux où se trouvent relégués les défavorisés.

 

320px-Fouquet'sRestaurant Le Fouquet’s – Champs-Elysées / Photo Jef-Infojef / Wikipédia Commons

Lire la suite « XVIII – D’UN GHETTO L’AUTRE — 4) Le séparatisme social selon Eric Maurin »