ENTRE GEOMETRIE ET ARCHITECTURE… ET AU-DELA

A propos du dernier livre de Philippe Boudon

« La géométrie, entre autres, est morte en tant que branche autonome, elle n’est plus que l’étude de structures algébrico-topologiques particulièrement intéressantes. » – « Nos modes de connaissance sont bien mathématiques. A eux sont indissolublement liés nos pouvoirs. » André Lichnerowicz – Remarques sur les mathématiques et la réalité in Logique et connaissance scientifique sous la direction de Jean Piaget

Le dernier livre de Philippe Boudon[1] tient de la gageure. Introduisant son livre par la célèbre citation de Pascal distinguant l’esprit de géométrie de celui de finesse, il se garde bien de les opposer : « Il semble que l’architecte doive louvoyer en permanence entre finesse et géométrie, comme entre art et science, voire entre sciences exactes et sciences humaines. » On sera, à cet égard, reconnaissant à l’auteur de n’avoir pas été jusqu’à faire une présentation « more geometrico » de ce qui relève de l’architecturologie ; de nous avoir épargné la fermeture sur l’axiomatique pour nous révéler comme entre les lignes ou par-delà les concepts un au-delà que la rigueur scientifique nous dissimule ; prenant le risque de nous égarer, au grand dam du géomètre et de ses épigones des sciences dites exactes, mais le risque en vaut la peine.

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BANLIEUES – Pointe avancée de la clinique contemporaine (2011)

Un livre de Louis Sciara, psychanalyste lacanien

La vague des attentats terroristes de 2015 et des années suivantes a fait surgir sur la scène médiatique et dans la presse spécialisée un double questionnement : d’une part, quel rapport dans le passage à l’acte entre le psychisme des individus qui s’y livrent et les idéologies empruntées à d’autres cultures, qui les motivent ? D’autre part, quelle influence peuvent bien avoir le milieu (géographique, culturel) et, d’une manière générale, les conditions économiques et sociales sur le développement de la personnalité, le comportement et, spécifiquement, les conduites déviantes ?

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AUX SOURCES DE LA PHOBIE DES VILLES ?

Sans feu ni lieu – Signification biblique de la grande ville. Un livre de Jacques Ellul (1975)

La pandémie a réactivé des réflexes « urbanophobes » et le confinement amené à nous interroger sur les rapports de la ville de pierre, de béton et de bitume à la société qui habite dans ses « murs ». En même temps que la pandémie nous révélait la fragilité du rassemblement des hommes dans la cité, le confinement démontrait par l’absurde la solidarité qui les liait à elle.

Confrontés à ces antinomies, rien de tel que de se replonger dans les mythes qui sont à la source de notre histoire. Croyants ou pas, peu importe, ils sont signifiants. Et au-delà des différences d’interprétations (entre croyants entre eux et entre croyants et athées), c’est un même fond mythique qui permet, non pas d’expliquer mais de comprendre les ressorts d’une urbanité dans toute son ambivalence : caractère de ce qui est urbain à la fois en bien (civilité) et en mal (promiscuité, pollution…).

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A propos de SOCIOLOGIE DE L’ESPACE de Martina Löw

La ville n° 2 (1910) – Robert Delaunay
Coldc reaction / Wikipedia

L’espace au cœur du phénomène urbain

Dans L’espace critique Paul Virilio l’avait dit : « Ubiquité, instantanéité, le peuplement du temps supplante le peuplement de l’espace. » Autrement dit, aujourd’hui, le temps aurait pris sa revanche sur l’espace, dont on affirmait, jadis, qu’il était la marque de la puissance alors que le temps était celle de l’impuissance (Jules Lagneau : Cours sur la perception in Célèbres leçons). Les nouvelles techniques de l’information et de la communication (NTIC) en décuplant les vitesses de transmission et raccourcissant les distances aurait réduit l’espace à la portion congrue. C’est au temps désormais de contrôler l’espace par le moyen des communications électroniques et des transports rapides, qui mettent l’espace à la portée de tout un chacun en un « rien » de temps. On n’aménagerait plus tant l’espace que le temps, objet de toutes nos préoccupations comme en témoignent les dispositions prises par des villes toujours plus nombreuses pour prendre en compte les temporalités qui rythment le quotidien des citadins.  La conséquence en fut un éclatement de l’espace conduisant à un phénomène de « désurbanisation » générale, comme si privés de nos repères dans l’espace on se raccrochait au temps pour en trouver. Pourtant, la planification du temps, réduite au court terme, n’a rien gagné à l’abandon de toutes velléités de planification spatiale depuis les années 80.

Dans ses Principles of Economics publiés en 1936, Alfred Marshall prétendait déjà que « l’influence du temps est bien plus fondamentale que celle de l’espace ». Ce qui n’a pas empêché des auteurs de langue allemande, héritiers du modèle d’équilibre spatial de von Thünen appliqué au XIXe siècle à l’agriculture, de prendre en compte l’espace dans leur réflexion économique durant l’entre-deux guerres : August Lösch et Alfred Weber. Intégré dans la théorie économique l’espace n’apparaissait plus neutre et pouvait influer sur les équilibres économiques. Par ailleurs, en 1933 Walter Christaller, géographe, élaborait sa théorie générale des « lieux centraux ».

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L’INTROUVABLE « NATURE »DE LA VILLE

Cathédrale gothique dans une cité médiévale (XIXe s.)
Pieter Cornelis Dommerson
AndreasPraefcke / Wikimedia Commons

La « nature » de la ville – Esquisse d’une philosophie du phénomène urbain

Un livre bienvenu de Stéphane Gruet (Editions Poïesis : 2017)

Pourquoi a-t-on éprouvé le besoin d’adjoindre, dans les années 80, une  politique de la ville  à une politique urbaine (urban planning) ? Pourquoi cette politique n’a cessé de s’interroger sur l’articulation du « social » à l’ « urbain », qui a fait l’objet d’un rapport circonstancié de Thomas Kirszbaum au Comité d’Evaluation et de Suivi de l’ANRU en 2010[1] ? Au point de faire alterner « les » politiques, mettant l’accent tantôt sur le traitement social des quartiers dits « sensibles », tantôt sur la rénovation du bâti et des infrastructures, et ce au prix de démolitions traumatisantes pour les habitants.

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DE LA FRANCE DES METROPOLES A LA METROPOLE FRANCE

Traversée du nord des Landes par l’A63 – Exemple emblématique de conflit entre la technique au service de l’aménagement du territoire et le souci de l’écologie.
Photo Larrousiney / Wikipedia

A propos de La France des territoires, défis et promesses de Pierre Veltz

Alors que le président Macron a ciblé le Rassemblement National (RN) en tant que principal adversaire politique en vue des prochaines élections municipales et que ce dernier par la voie de sa présidente a fait passé la résorption de la fracture territoriale avant la dénonciation de l’immigration ; alors qu’aux assises de l’Association des petites villes de France (APVF) au Pont du Gard le 19 septembre le Premier ministre déclarait que « l’acte II de ce quinquennat est celui des territoires, de tous les territoires et de toutes les communes », sous-entendu grandes et petites, et que  Marine Le Pen lançait le 15 septembre à Fréjus pour sa rentrée politique le mot d’ordre de « démétropolisation » ; alors que la reconquête des territoires ruraux est l’objectif de La République en marche ! (LRM) et que celui du RN est de séduire les habitants des grandes villes, il est plus que jamais opportun de reprendre le fil des réflexions de Pierre Veltz à travers son dernier ouvrage paru en début d’année aux Editions de l’aube afin d’y voir plus clair et fourbir ses armes en vue des futures échéances électorales.

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POST-BLOG 3 : La ville en marge de la Littérature majuscule – Les Cités obscurs, Babar

Chères lectrices, chers lecteurs

Jamais il ne faut rompre brutalement avec les vacances, avec l’air de la campagne, de la mer, de la montagne pour nous replonger dans l’atmosphère des villes. Aussi, je vous propose cette petite balade dans la littérature enfantine, ainsi que dans celle de la BD, qui se situe dans un entre-deux indéfinissable pour nous enchanter ou nous effrayer, c’est selon. En un mot, à l’approche de l’automne, pour nous dépayser

François Schuiten et Benoît Peeters au Festival de la BD de Kobenhavn en 2006 (Danemark)
François Schuiten et Benoît Peeters au Festival de la BD de Kobenhavn en 2006 (Danemark)
Photo Fredik Strömberg / Wikimedia Commons
Le roi Babar et la reine Céleste
                                                                                                                                                                                                           Photo Vanessa / Flick

Il n’y a pas de littérature mineure. La ville n’est pas qu’un thème de la littérature classique, moderne ou savante. Elle figure en bonne place dans la BD et dans les livres pour enfants. En témoignent, entre autres, « Babar » et les « Cités obscures ».

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POST-BLOG 2 : La ville et ses déchets

Chères lectrices, chers lecteurs

J’avais annoncé la clôture de ce blog consacré à la littérature de la ville. Quelques-uns d’entre vous m’ayant demandé d’en prolonger la publication, qu’on ne peut normalement plus visualiser après avoir laissé deux mois sans publier, j’ai repris, quitte à les refondre ou les actualiser, quelques comptes rendus d’ouvrages ou chroniques parus durant ces trois dernières années.  

Bonne lecture.

landfill-879437_640Photo PIXABAY

POST-BLOG 2

Dans l’«Histoire de la merde » que nous conte Dominique Laporte, la ville a toute sa part : si la campagne nourrit la ville, celle-ci en contrepartie produit du déchet, à charge pour le citadin de le recycler… sur le modèle de la nature.

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EN GUISE D’EPILOGUE : L’urbanité, essence de la ville – La ville, métaphore du cosmos

EPILOGUE DELIBEREMENT DEBRIDE

Ile des Pins (Nouvelle Calédonie)
Ile des Pins (Nouvelle Calédonie)
Statue du Sacré Cœur, don de l’héritage culturel caldoche, entourée de totems kanak. On remarquera que le totem du premier plan tire la langue. Ce que l’on pourrait prendre pour une insolence si la langue n’était pour les Kanak le symbole de la parole dans une culture de tradition orale. Illustration des malentendus que l’hybridation des cultures peut provoquer et que des interprètes malintentionnés peuvent exploiter.

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Il n’y a pas plus à opposer la ville à la campagne que la culture à la nature. Mais si ville et campagne participent aujourd’hui de la même culture, la nature ne doit pas en payer le prix. En outre, à trop s’étaler, se diluer, la ville risque de perdre en urbanité ce qu’elle gagne en urbanisation, et, à trop s’urbaniser, se couper de ses racines identitaires et de sa relation ancestrale au cosmos.

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POUR CONCLURE : Le plaidoyer « Pour la ville » de Guy Burgel

Une utopie métropolitaine (1914) d'Antonio Sant'Elia, architecte italien
Une utopie métropolitaine (1914) d’Antonio Sant’Elia, architecte italien
    Image Wikipedia

Quand Guy Burgel, amoureux de la ville n’hésitant pas à se colleter avec les urbaphobes de tout poil, jette les fondements d’un « espoir de ville », non sans avoir au préalable analysé les raisons du désenchantement qui a suivi l’euphorie des « trente glorieuses ».

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