LA POLITIQUE DE LA VILLE AU DEFI DU « SEPARATISME »

1 260 logements concernés par le programme de renouvellement urbain de Limay dans les Yvelines (Jahel Architecture).

Après la nomination en juillet dernier de Christophe Béchu comme ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires à qui est rattaché Olivier Klein, ministre délégué chargé de la Ville et du Logement ; après la déclaration de politique générale le 6 juillet dernier de la Première ministre évoquant les quartiers prioritaires en termes de « justice, de cohésion, de considération » ; après la présentation d’un budget 2023 de la cohésion des territoires d’un montant de 597,5 millions d’euros, en augmentation de 7,1 % par rapport à celui de 2022 (557,9 millions d’€), le temps est venu de s’interroger sur le devenir de la « politique de la ville ». Sans doute, en tant que maire de Clichy-sous-Bois (en fonction jusqu’au 3 décembre, date à laquelle il devrait être remplacé à la tête du conseil municipal), le nouveau ministre sait-il à quoi s’en tenir. Présentant ses orientations le 13 septembre à la Commission des affaires économiques de l’Assemblée Nationale, il s’est engagé à faire une revue de tous les projets relevant de la politique de la ville, soit 453 (dont 450 validés et 416 en chantier), afin d’en soupeser la « résilience », objectif désormais affiché de son ministère. C’est à ce titre qu’une cinquantaine de territoires pilotes devraient être identifiés pour bénéficier d’une action renforcée de l’ANRU à hauteur de 100 millions d’euros. Encore faudrait-il que l’Etat tienne ses engagements, ce qui n’a pas été le cas sur la période 2017-2022 puisque sur les 200 millions prévus seulement 92 millions ont été versés à l’ANRU au prétexte que la trésorerie de l’agence serait surabondante[1]. En outre, afin de pouvoir apprécier à leur juste mesure les efforts financiers consentis, les citoyens-contribuables seraient bien en droit, après quelque 45 années de politique de la ville, d’être fixés sur la finalité poursuivie par cette politique à défaut de pouvoir l’être sur son terme. Le ministre Borloo, n’avait-il pas dans une interview au journal Le Monde du 6 mai 2003 déclaré souhaiter que la politique menée en application de la loi de programmation pour la Ville et la Rénovation urbaine du 1er août 2003, dont il était l’auteur, consacre dans un délai de cinq ans le retour des « quartiers politique de la Ville » dans le droit commun, justifiant par ce fait même la disparition de son ministère !    

Un bref retour sur les errements de cette politique censée être d’exception, du moins lors de son lancement, s’impose pour prendre la mesure, sinon de son impuissance, de celle des difficultés rencontrées.   

De mars 1977 date le lancement de 50 « opérations Habitat et Vie Sociale », prémices des quartiers dits « prioritaires » pour le réaménagement, la rénovation et le soutien des populations concernées. L’expérience sera approfondie et élargie à la faveur du basculement à gauche de la majorité présidentielle avec la création en octobre 1981 de la Commission nationale pour le développement social des quartiers (CNDSQ) et en novembre 1983 sera instituée la mission « Banlieues 89 » animée par Roland Castro et Michel Cantal-Dupart. Mais, il faudra attendre décembre 1990 pour que la politique de la ville se voit consacrée par la création d’un ministère d’Etat, dont le premier titulaire sera Michel Delebarre, et décembre 2000 pour que la loi solidarité et développement urbain (SRU) donne une assise législative au développement social urbain ; loi qui sera suivi de deux lois de programmation concernant la rénovation urbaine et à la politique de la ville : loi Borloo d’août 2003 et loi Lamy de février 2014, lesquelles seront complétées en janvier 2017 par la loi relative à l’égalité et à la citoyenneté censée répondre à la vague d’attentats terroristes. La présidence d’Emannuel Macron ne reviendra pas sur cette dernière loi, mais en novembre 2017 dans son discours de Tourcoing il appellera à une « mobilisation nationale pour les villes et pour les quartiers », appel réitéré en mai 2018 à l’Elysée où le président de la République promettait « une chance pour chacun ». Enfin, en août 2021, était promulguée la loi confortant le respect des principes de la République destinée à lutter contre le « séparatisme ».

Autant de jalons des errements d’une politique de la ville depuis 1977, soit 45 ans. Une politique censée remédier à la dégradation de quartiers périphériques construits dans les années 50-60 pour faire face à la crise du logement de l’après-guerre, grands ensembles conçus sur le modèle de la Charte d’Athènes, dont l’application à la lettre en trahissait l’esprit ; « quartiers » qui, resitués dans le contexte de l’époque, ont apporté confort et sécurité à une large palette d’habitants. Aujourd’hui rattrapés par l’urbanisation, ce sont ces mêmes quartiers qui, après avoir permis la promotion sociale de maints de leurs habitants, sont devenus au fil du temps le refuge des plus défavorisés, participant à leur stigmatisation.

La dernière en date des lois cités ci-dessus, appelée à conforter le respect des principes de la République, constitue, selon le communiqué de presse du Conseil des ministres, « un élément structurant de la stratégie gouvernementale pour lutter contre le séparatisme et les atteintes à la citoyenneté. Il apporte des réponses au repli identitaire et au développement de l’islam radical, idéologie hostile aux principes et valeurs qui fondent la République. Face à cette réalité du séparatisme, l’arsenal juridique demeurait insuffisant. L’ambition de ce texte est de permettre à la République d’agir contre ceux qui veulent la déstabiliser afin de renforcer la cohésion nationale. Ce texte vise à l’émancipation individuelle contre le repli identitaire. » C’est assez dire qu’il est loin de cibler les « quartiers prioritaires de la politique de la ville » (QPV), sachant bien, les enquêtes l’ont amplement démontré à l’encontre d’une opinion commune partagée par des médias en mal de sensation, d’une part, et des politiques à l’affut de boucs émissaires, d’autre part, que le phénomène auquel s’en prend la loi est beaucoup plus diffus et que les maux dont il s’agit ne sauraient se réduire à des questions d’aménagement et d’urbanisme, même si certaines options en la matière pourraient constituer un facteur aggravant. Aggravant du fait de l’isolement de ces quartiers, des composantes de leur population, aussi diversifiée culturellement qu’homogène par le niveau de vie, et surtout de leur sous-équipement. C’est aussi dire qu’en l’occurrence on a affaire à un tout autre séparatisme que celui visé par la loi ci-dessus, mais qui n’en est pas moins périlleux dans la mesure où il tend à concentrer les problèmes sur certains sites, lesquels, bien que rattrapés par le développement urbain, n’en restent pas moins coupés de leur environnement social et économique.   

C’est encore dire qu’après plus de 40 ans, malgré les avertissements répétés de la Cour des comptes[2], chiffres à l’appui, la politique de la ville n’a pas réussi à inverser un processus de ségrégation spatiale qu’elle avait pour ambition de contrer. Comme si les inégalités et discriminations dont souffre la population dans son ensemble, inégalités de niveau de vie et discriminations sociales et culturelles qui leur sont liées, pouvaient être résolues dans le cantonnement des populations qui en sont victimes. C’est que la politique de la ville a toujours hésité entre deux perspectives antinomiques.

Celle, d’une part, d’une fin prévisible, « chronique d’une mort annoncée » à plus ou moins longue échéance, mais inéluctable tant la rupture avec le Mouvement moderne et le style international, en décalage avec les modes de vie contemporain, s’imposait désormais. Du moins était-ce la perspective initiale : réparation de ce qui était considéré comme un dévoiement d’intentions aussi généreuses qu’audacieuses pour les uns, nécessité, pour les autres, de faire évoluer une conception de l’urbanisme fondée sur la séparation des fonctions, alors même que les temps plaidaient plutôt pour leur intégration. Las ! cette évolution imprimée aux grands ensembles dans les années 50-60 n’a pas suffi à rompre leur isolement social et économique, et il s’est vite avéré qu’au fil du temps l’administration de mission interministérielle que constituait la « politique de la ville » tendait à se pérenniser.

Celle, d’autre part, d’une évolution allant dans le sens d’une spécialisation fonctionnelle des quartiers justifiant leur reconduite indéfinie[3]. L’ambition n’étant plus alors de rechercher la banalisation de quartiers appelés à se fondre dans la ville mais, plus modestement, de leur attribuer une fonction de « sas » – à l’opposé du destin de « nasse » auquel ils semblaient voués – permettant aux plus défavorisés ou victimes de déracinement du fait d’accidents de la vie, de perte d’emplois ou d’immigration, de se reconstruire dans une perspective d’ascension sociale à terme ; les « quartiers politiques de la ville », instruments de promotion sociale d’une société résignée face au creusement des inégalités et au fléau des discriminations ayant ainsi « l’éternité devant soi ». Mais, la question est alors de savoir si cette évolution souhaitée pour la politique de la ville ne risque pas de pérenniser une forme de séparatisme d’autant plus pernicieuse qu’elle prendrait le masque d’une rédemption.

Aussi, plutôt que d’opposer la banalisation des quartiers politique de la ville à leur instrumentalisation au service de la promotion sociale des plus défavorisés n’y aurait-il pas lieu d’y voir, à l’heure des mutations que le développement du numérique et de l’écologie impriment à l’espace urbain, une opportunité pour opérer la transition qui s’impose désormais entre une ville consommatrice d’énergie, colonisatrice d’espace, ségréguée et une ville intégrée, fière de la diversité de ses ressources humaines, solidaire de son arrière-pays.

Dans cette dernière perspective, le problème posé par le devenir des grands ensembles est moins de rechercher un équilibre démographique – toujours utopique, même s’il faut éviter la concentration spatiale de la pauvreté et de la précarité – que de s’attacher, parallèlement à la restructuration urbaine dans le sens d’une meilleure appréhension du « paysage urbain », à résorber le sous-équipement de ces quartiers et les retards enregistrés en matière scolaire. Dans son dernier rapport sur l’attractivité des quartiers prioritaires (décembre 2020), la Cour des comptes a attiré l’attention sur la perception des habitants dans ce domaine, notant que « 27 % des habitants de QPV contre 18 % des habitants des aires urbaines englobantes déclarent manquer d’équipements de sports, de loisirs, de santé ou de services » et que « 60 % des centres sociaux interrogés […] considèrent que leur quartier est insuffisamment doté en services et équipements publics. »  Concernant l’éducation prioritaire le bilan dressé en février 2022 par l’Observatoire des Zones Prioritaires n’est pas moins sévère : « Les inégalités sociales se sont accrues, l’exclusion sociale dans certains territoires ne s’est pas résorbée […] Une politique de démocratisation de la réussite scolaire de tous est plus que jamais nécessaire. Elle ne peut être conduite sans y associer étroitement les acteurs chargés de sa mise en œuvre. »

Si la société française est menacée de communautarisme, elle l’est encore plus surement par cette forme de « séparatisme » que constitue les quartiers défavorisés de nos villes. Un séparatisme d’autant plus délétère qu’il contribue à enkyster des situations d’inégalité et de discrimination, tenues à bonne distance des centres-villes ; sauf que, dès lors qu’il s’agit de trouver des boucs émissaires à nos maux sociaux, on les remet sur le devant de la scène médiatique à la faveur de quelques scandales, émeutes ou dérapages de la police.

D’où, s’appuyant sur notre expérience[4] et les enseignements d’une enquête portant sur le renouvellement urbain des 4000 de La Courneuve, de La Duchère à Lyon et des quartiers Nord de Marseille[5], trois impératifs. Le premier concerne l’Education prioritaire, laquelle intéresse 20 % du total des élèves. Dans un rapport d’octobre 2018, la Cour des comptes notait que les écarts de niveaux entre les élèves demeuraient, selon les disciplines, entre 20 et 35 %, alors que l’objectif était de les limiter à 10 %.

Second sujet de préoccupation, le sous-équipement des quartiers dits, à juste titre, « prioritaires ». Dans un rapport d’octobre 2020 : Les quartiers pauvres ont un avenir, l’Institut Montaigne estimait à près de 1 milliard d’euros par an leur sous-dotation dans trois domaines : l’éducation, l’intérieur et la justice (à titre de comparaison le montant des dépenses brutes de l’Etat pour les QPV, y compris l’ANRU, se montaient à 5,7 milliards). Par ailleurs, l’Institut notait que si les effectifs de la fonction hospitalière s’élevaient à 1 790 pour 100 000 habitants en France métropolitaine, ils se limitaient à 1 080 dans le département de la Seine-Saint-Denis – dont 38 % de la population réside dans un quartier prioritaire. Or, si les crédits spécifiques politique de la ville permettent d’accompagner socialement des opérations de rénovation urbaine, traumatisantes pour les habitants, ils sont impuissants – et n’ont d’ailleurs pas vocation – à compenser des inégalités et des disparités dans la répartition territoriale des équipements et services urbains. La tendance est, donc, à la substitution de ces crédits aux crédits de droit commun, avec pour conséquence que les financements destinés aux quartiers prioritaires, à l’image du tonneau des Danaïdes, sont voués à être renouvelés indéfiniment sans jamais combler des déficits structurels. L’objectif, périodiquement rappelé, mais encore loin d’être atteint, est d’importance lors même que, conformément aux engagements de novembre 2020 du Premier ministre, 1 % des crédits du plan de relance doit bénéficier aux quartiers prioritaires au titre du budget 2022, dont 1,1 milliards d’euros étaient engagés à la mi-2021 (emploi et insertion professionnelle, cadre de vie et attraction des territoires, cohésion sociale).

Le logement est le troisième volet, après l’éducation prioritaire et l’équipement, sur lequel faire porter l’effort pour réaliser une intégration des « quartiers » dans la ville. Si la baisse des aides personnalisées au logement (APL) compensée par une diminution des loyers à la charge des organismes HLM a permis à l’Etat de faire des économies, elle n’a pas non plus été sans conséquences sur le rythme des constructions de logements sociaux : la ponction opérée sur les bailleurs sociaux était estimée en 2021 par la Cour des comptes à 4,5 % du rendement locatif ; ponction qui ne pourra pas ne pas être sans effet sur l’effort de construction des logements sociaux (en 2021, sur 120 000 logements sociaux prévus, seulement 104 800 ont été agréés, mais il faut prendre en compte les conséquences de la crise sanitaire).

Reste la question de la mixité sociale par l’habitat, la sortie de la « ghettoïsation ».  La loi solidarité et renouvellement urbain (SRU) de 2000, plusieurs fois modifiée, a fixé les seuils en deçà desquels les communes d’une certaine importance devaient se doter de logements sociaux (entre 20 et 25 % selon la situation et la tension du marché). En complément, et en réponse aux attentats terroristes et dérives communautaristes, la loi égalité et citoyenneté de 2017 en a règlementé les attributions (25 % des logements sociaux situés en dehors des QPV devant être réservés au quart les plus défavorisés et au moins 50 % de ceux situés en dehors l’être à des demandeurs de niveau de vie supérieur). S’agissant de la répartition territoriale des logements sociaux (champ d’application de la loi SRU) le bilan mesuré sur la base d’un double « indice de ségrégation » mis au point par Tristan-Pierre Maury et Kevin Beaubrun-Diant (IDHEAL) est en demi-teinte : selon le statut d’occupation la ségrégation à l’échelle communale a certes baissé de 7 % entre 1999 et 2015, mais, toujours à l’échelle communale, les écarts de revenu entre les 20 % de ménages les plus pauvres et le reste de la population s’est accru de 9 %. Autrement dit, si, sur la base du statut d’occupation public/privé du logement, la ségrégation spatiale diminue, elle tend au contraire à augmenter lorsqu’on prend en compte le niveau des revenus. La mixité ne serait donc que de façade. Concernant l’attribution des logements (loi égalité et citoyenneté), l’objectif de mixité social est encore plus éloigné : selon l’Agence nationale de contrôle du logement social (ANCOLS), en 2019 le taux d’attribution de logements sociaux au quart les plus pauvres des ménages hors QPV était inférieur à 15,5 %, l’objectif de 25 % de la loi n’étant atteint que pour 8 % des établissements publics de coopération intercommunal (EPCI) concernés. C’est dire que l’on est encore loin du compte, que la ségrégation spatiale a encore de tristes jours devant elle et que les poches de pauvreté ne sont pas prêtes d’être résorbées à ce rythme.

Sans doute l’objectif d’égalité des chances implique-t-il un renforcement du partenariat des Cités éducatives, rescapées du rapport Borloo de 2018[6], à travers une meilleure coordination des acteurs de terrain, qu’ils relèvent de l’éducation nationale, des parents d’élèves, des intervenants sociaux, des élus ou des administrations ; partenariat élargi par rapport aux Réseaux d’Education Prioritaire (REP) centrés sur les collèges. Sans doute le recours à des dispositifs d’accompagnement social et à des mesures de discriminations positives – nécessaires afin de rendre « soutenables » des opérations de rénovation déstabilisantes pour les habitants – ne doit-il pas occulter l’urgence qu’il y a à résorber le sous-équipement des « quartiers prioritaires » par rapport aux autres ; l’attractivité desdits quartiers justifiant pour le moins un alignement sur la moyenne du niveau d’équipement des villes. Sans doute l’intérêt de la promotion privée pour ces quartiers est-il conditionné par cette attractivité, laquelle, au-delà des équipements et services à la population, requiert un traitement paysager du cadre urbain et des moyens de communication favorisant la mobilité ; sachant bien que, en contrepartie, il s’agit aussi de faire accepter la construction de logements sociaux en dehors des « quartiers prioritaires » pour, en application de la loi SRU et de la loi égalité et citoyenneté, réaliser un objectif de mixité social fondé sur l’échange, au travers des activités marchandes comme dans les lieux culturels ; mixité sociale à ne pas confondre avec la juxtaposition des catégories sociales dans une proximité stérile[7]. Ce qui demandera un effort accru d’accompagnement de l’Etat : en bref, concernant la construction de logement, plutôt moins d’Etat dans les QPV, mais plus d’Etat au dehors, et dans tous les cas un accompagnement ciblé, social pour les uns, plus pédagogique pour les autres. Nous disons bien « accompagnement ». On ne peut demander à la politique de la ville plus qu’elle ne peut donner : l’intrication du social dans l’économie ne relèvera jamais que d’une politique nationale, la tentation étant de ramener le renouvellement urbain à de l’action sociale, culturelle aussi, dont le coût est sans commune mesure avec celui de l’aménagement ou de la rénovation. L’enjeu est, en effet, bien plutôt d’articuler le social, l’économique et le culturel, sans oublier l’environnement, dans une démarche urbaine intégrée restituant à la ville la multi-dimensionnalité qui est la sienne, dans le cadre d’un réseau où les différentes composantes du territoire : résidentielles, agricoles, touristiques, industrielles… trouvent leur équilibre et leur cohérence.

Encore faudrait-il, après bientôt un demi-siècle de palinodies, de bascule entre appui aux territoires et assistance aux personnes, entre intervention sur le bâti (le dur) et soutien social (le doux), entre réhabilitation et démolition ou entre aménagement et restructuration, que l’Etat tranche la question du devenir des « quartiers prioritaires » en considérant que ces quartiers, sans devoir remplir une fonction sociale d’intégration que la nation, à son échelle, est incapable d’offrir, ne sont pas non plus, de par leur histoire, tout-à-fait comme les autres. A charge pour les politiques et les maîtres d’œuvre qui en ont la responsabilité de remédier à leurs défectuosités et de valoriser leurs atouts, celui de la diversité de leur population, entre autres. La reconnaissance de leur différence par de-là toute normalisation contribuera à la cohésion sociale pour autant que la cohérence des territoires l’emportera sur la ségrégation spatiale, dont les discriminations de toutes catégories sont à l’origine ou la conséquence ? Outre qu’attribuer aux quartiers prioritaires une fonction de promotion sociale serait contradictoire avec l’objectif de mixité voulu par la loi égalité et citoyenneté, il serait paradoxal, alors même que l’on dénonce le principe de séparation des fonctions urbaines inscrit dans la Charte d’Athènes, de maintenir la séparation de ces quartiers avec le reste de l’agglomération. Ce à quoi conduirait inévitablement le rôle de « sas » dans lequel d’aucuns voudraient les cantonner. Néanmoins, autant l’égalité des chances, l’alignement des quartiers défavorisés sur le niveau d’équipement moyen des villes et la réduction des poches de pauvreté constituent une priorité, autant l’objectif de mixité social relevant d’une comptabilité d’application complexe pose le problème de la liberté de choix des habitants pour leur lieu de résidence, qui serait mieux satisfaite en favorisant leur mobilité. Mobilité et hybridation des fonctions comme des choses et des êtres ne caractérisent-elles pas l’« esprit du temps », cet esprit honni par les thuriféraires des thèses identitaires et ségrégationnistes ? Mais s’il faut s’en convaincre malgré tout, c’est-à-dire malgré des excès imputables à l’aveuglement, ce ne seront jamais qu’une mobilité bannissant la vitesse et une hybridation consciemment assumée ne risquant pas de verser dans un nostalgique retour aux origines ou une mythique fusion auxquels se réfèrent, souvent à leur insu, les plus fondamentalistes des écologistes quand ils ne sombrent pas dans le catastrophisme. Recherche d’un équilibre sur une crête étroite, vertigineuse d’un côté comme de l’autre, entre enracinement identitaire et communautaire, d’une part, universalisme formel, d’autre part.

Il faut s’adapter à l’inéluctable, mais sans renoncer à changer ce qui doit l’être. C’est par là que l’on rejoint le renouvellement urbain – distinct de la rénovation à base de démolition – dans son acception la plus étendue : mutation des formes urbaines au gré de l’évolution des sociétés qui les subissent faute de concertation amont et d’appropriation (coconstruction, dont le principe a été posé par la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine de 2014). Par suite, parler de « ville en transition » est vide de sens puisque la ville est, par nature, en constante transformation. Mais, avec la crise écologique et énergétique sur laquelle sont venus se greffer successivement la vague terroriste, le mouvement des « gilets jaunes », la pandémie hier, les conséquences de la guerre aujourd’hui (la géopolitique veut qu’on n’échappe pas à la stratégie), il semble bien que l’on soit arrivé à un point de rupture qui appelle plus que des ravaudages de façade (arlésienne de la Politique de la Ville) : une adaptation, sinon une refondation, intégrant les impératifs de lutte contre le réchauffement climatique, de sobriété énergétique compatible avec une croissance dont les investissements écologiques ne sauraient se passer, d’engagement contre les nuisances et les pollutions, de préservation de la nature et de la biodiversité… Et ce, parallèlement à la poursuite d’une intégration urbaine solidaire du développement rural, tellement il serait inepte d’opposer la ville à la campagne. C’est ainsi que Guy Burgel, se référant dans son dernier ouvrage[8] à la notion de « réparabilité » de Richard Sennet, précise que, « avant même d’avoir une dimension écologique et environnementale, perpendiculaire à toutes les autres, elle se devrait d’être d’abord de retour à l’équité dans la ville : accès à l’éducation et à l’égalité des chances, sécurité dans la jouissance d’un logement digne, d’un travail gratifiant, d’une liberté de mobilité, et répartition plus équilibrée des valeurs matérielles et morales produites par la collectivité ». Voilà pourquoi le « développement durable » ne saurait faire obstacle au « renouvellement urbain », un renouvellement qui, loin de constituer une parenthèse, relève de la nature du développement urbain, lequel n’en doit pas moins être maîtrisé. L’association de la ville et du logement dans un ministère délégué rattaché à un ministère de plein exercice en charge de la transition écologique et de la cohésion des territoires est, à cet égard, de bon augure. A condition évidemment que les détenteurs des postes ministériels et des secrétariats d’Etat concernés (collectivités territoriales, écologie, transports, vie associative notamment) s’accordent sur le fond, sinon sur la méthode.      

Reste qu’au vu de ses errements passés et de ses limites actuelles dans un contexte marqué par la crise écologique et énergétique, il importe d’achever, dans les deux sens du terme, une « politique de la ville » qui n’a de ville que le nom : en ce qu’elle focalise sur le « quartier » d’une part, en ce qu’elle butte sur le problème de l’articulation de l’urbain, du social et de l’environnement naturel, d’autre part, en ce qu’elle reste discriminatoire, négativement quant au fond, positivement dans les remèdes qui lui sont appliqués, enfin. Achever (terminer pour en finir) la politique de la ville, donc, pour lui restituer la plénitude des fonctions qui lui confèrent un sens pour les habitants, et ce, dans le cadre d’une politique de territoires équilibrée.

Après avoir célébré la grandeur des villes de jadis, douté de leurs bienfaits naguère, déploré leur malfaisance aujourd’hui, il est plus que temps, à l’ère de l’anthropocène, de se pencher sur leur fragilité pour les conforter : des « quartiers » insérés dans le territoire, socialement et culturellement intégrés, économiquement réencastrés… laboratoires de la prétendue transition ? 

Post-scriptum du 20 décembre 2022 : Vaulx-en-Velin sous le choc

L’incendie d’un immeuble en copropriété à Vaulx-en-Velin le 16 décembre, qui a fait dix morts dont quatre enfants, vient hélas ! cruellement rappeler les conséquences du « séparatisme » qui affecte les quartiers « périphériques », qu’ils soient de logements sociaux locatifs ou en copropriété, avec ce paradoxe que ces derniers, malgré les réformes ayant facilité les prises de décisions relatives à leur rénovation, sont trop souvent laissés en déshérence du fait de copropriétaires occupants désargentés, de syndics indélicats ou de marchands de sommeil cupides. Ceci, alors même que l’accession à la propriété était au contraire censée constituer une incitation à l’entretien d’immeubles pour lesquels des aides à la réhabilitation de l’habitat étaient mobilisées. Comme quoi la propriété, loin d’être la panacée, est bien plutôt un leurre, masque de la précarité : en cherchant à rendre solvable des ménages fragiles pour un achat immobilier on ne fait que grever leur pouvoir d’achat pour les biens courants. Mirage d’un chez-soi paradisiaque, que le passage obligé par des parties communes dégradées et squattées fait tomber dans l’enfer, transition avant le purgatoire d’un espace public qui peine à prendre forme pour s’imposer comme paysage. Copropriétés déchues, refuge des dealers et de leurs victimes toxicomanes, condensé de quartiers délibérément tenus en marge, elles semblent se jouer des velléités de rénovation des pouvoirs publics, d’Etat aussi bien que locaux, symptôme d’un « séparatisme » urbain qui creuse l’écart avec la smart city emblématique d’un XXIe siècle décidément trop sûr de ses prouesses. Comme si l’accession à la propriété pouvait racheter ce que le social a de dégradant, pouvait pérenniser ce que le locatif a de précaire !Les immeubles de centre-ville finissent par s’effondrer avec l’âge, mort de vieillesse non anticipée, ceux des périphéries n’en ont pas le temps, ils se dégradent irrémédiablement avant que les bulldozers ou, mieux, les explosifs en viennent à bout, mort prématurée provoquée. La solution à la question du logement doit dépasser celle du statut d’occupation pour englober celle d’une meilleure intégration sociale des habitants, d’une meilleure insertion des quartiers dans la ville et de la ville dans son environnement naturel-urbain, en ménageant les transitions.

En tant qu’ancienne secrétaire d’Etat chargée de la ville, la maire socialiste, Hélène Geoffroy, ne manque pas d’expérience en la matière et c’est à juste titre qu’elle s’est exprimée pour avertir : « Après ce drame, nous ne pouvons plus envisager la rénovation urbaine comme avant. Nous devons traiter la politique de la ville dans sa globalité, sinon nous risquons de repartir pour trente ans en commettant les mêmes erreurs. » Après quarante ans de politique de la ville, encore trente ans ! Puisse-t-elle être entendue par Olivier Klein, l’actuel ministre de la ville, dont l’expérience n’est pas moindre que la sienne en tant qu’ancien maire de Clichy-sous-Bois. Elle poursuit : « Nous faisons trop d’allers et retours, trop d’évaluations, le temps est trop long. Les problématiques sont morcelées, nous risquons de refaire des ZUP si nous privilégions le logement sans prendre en compte les autres données, comme la sécurité, la voirie, le transport. » (Le Monde daté du 21 décembre) Toujours la même antienne depuis plusieurs dizaines d’années. Madame la maire en appelle à la prise de conscience : dix morts de trop pour réintégrer ces quartiers dans la ville, en suivant ses recommandations de principes ; lesquelles, pour n’être pas nouvelles, ne semblent toujours pas entendues malgré les efforts accomplis par les acteurs du développement urbain sur le terrain.

Il faut le dire avec force : ce n’est que quand les copropriétés auront été adoptées par les quartiers « populaires » et quand les HLM l’auront été par les quartiers « bourgeois » que l’on pourra entrevoir, non pas la fin de la ségrégation spatiale inhérente aux sociétés inégalitaires, mais au moins celle d’un séparatisme, physique autant que social, qui exclut au lieu de différencier.


[1] Avis du 17 novembre 2022 de la Commission des affaires économiques du Sénat sur le projet de loi de finances (cohésion des territoires) adopté par l’Assemblée nationale.

[2] Juillet 2012 : La politique de la ville, une décennie de réformes ; octobre 2018 : L’éducation prioritaire ; décembre 2020 : L’évaluation de l’attractivité des quartiers prioritaires.

[3] C’est la position de Philippe Estèbe dans Quelle solidarité pour les quartiers populaires ?, contribution rédigée avec Laurent Davezies pour l’ouvrage collectif du Centre d’analyse stratégique coordonné par Noémie Houard et ayant pour titre Politique de la ville : perspectives françaises et ouvertures internationales (La documentation française : 2012).

[4] Direction du « Grand Projet de Ville » de Champigny (2001).

[5] Etude-témoignage réalisée en 2015-2017 en collaboration avec Bernard Jacquinot, Jacques Jullien, Bernard Pailhès et Jean-François Serre avec le soutien de l’Institut CDC pour la Recherche, la Scet et l’Institut d’Urbanisme et d’Aménagement Régional d’Aix-en-Provence : https://citadinite.home.blog/2021/03/28/variations-sur-le-renouvellement-urbain-4000-de-la-courneuve-lyon-la-duchere-les-quartiers-nord-de-marseille/   

[6] Vivre ensemble, vivre en Grand pour une réconciliation nationale.

[7] Voir le désormais célèbre article de Jean-Claude Chamboredon et Madeleine Lemaire : Proximité spatiale et distance sociale – Les grands ensembles et leur peuplement (Revue française de sociologie, 1970) ; article prémonitoire en ce que le constat qu’il dressait s’est aujourd’hui généralisé à une autre échelle avec le phénomène de « gentrification » impulsé par les « bobos ».

[8] Sauver la planète ville, plaidoyer pour une ville durable et désirable (mai 2022, Editions Archicity).

COMPLEXE DE CAÏN versus COMPLEXE D’ŒDIPE

Meurtre d’Abel par Caïn
gravure flamande de Johann Sadeler (1576)
Metropolitan Museum of Art (Photo Wikimedia Commons)

« Il faut ressortir le Kärcher car il a été remis à la cave par François Hollande et Emmanuel Macron depuis dix ans » a lancé Valéry Pécresse lors d’un déplacement à Salon-de-Provence le 6 janvier, reprenant les propos de Sarkosy en 2005 à La Courneuve. Déplorable ignorance de la candidate à l’élection présidentielle concernant la mobilisation des habitants, acteurs sociaux, maîtres d’œuvre, administratifs et politiques pour améliorer le cadre et la vie des « quartiers », notamment depuis la mise en œuvre de la loi de Programmation pour la Ville et la Cohésion urbaine du 21 février 2014. Le 10 janvier à Argenteuil, en présence du maire LR, Georges Mothron, qui lui faisait valoir ce qui avait été fait au Val d’Argent en matière de renouvellement urbain : « Des racailles, il y en a toujours mais moins et pas spécifiquement à Argenteuil. Ici, nous avons dépensé 300 millions d’euros depuis, reconstruit des lycées, des collèges, la poste, des logements sociaux, développé la copropriété, augmenté la fréquence des trains… Ces quartiers ne sont plus les mêmes », face, donc, à ce maire affilié à son propre parti, elle était bien obligée de nuancer son propos : « Comment faire pour que dans chaque quartier populaire, on sente que quelqu’un vous fait confiance ? Moi, ce que je veux, c’est être dure avec les caïds, les voyous, les dealers, les trafiquants mais je veux aussi être très forte avec tous ceux qui veulent s’en sortir. Je veux que la République leur tende une main vraiment fraternelle et qu’on les aide. C’est cela l’ascenseur social ». Et dans le même temps, elle indiquait pouvoir régler en 10 ans le problème des ghettos. Comment ? en plafonnant, entre autres mesures, les logements sociaux dans la limite de 30 % ! On aimerait la croire alors même que plus de 40 ans de Politique de la Ville n’est pas venu à bout du problème, tellement la mixité sociale par l’habitat exigerait d’investissements pour construire des logements de standing attractifs dans lesdits « quartiers » et de renoncements des habitants pour accueillir des HLM dans les « beaux quartiers ». Aussi, dans une adresse du 27 janvier dernier aux candidates et candidats à l’élection présidentielle, l’Association des Maires d’Ile-de-France et Ville et Banlieue ont-ils tenu à exprimer leur impatience : « Ces discours ignorent où passent sous silence les réalités des quartiers qui sont, comme toute chose, contrastées. Chaque quartier populaire a sa singularité. Et surtout, les problèmes relevés ne sont que la mise en visibilité des problèmes de la France. Elues et élus locaux, nous pensons qu’agir avec les banlieues populaires, c’est agir pour les habitantes et habitants de tout le pays. » Le congrès de l’Association des Maires de France (AMF) du 18 novembre avait pourtant déjà tiré le signal d’alarme par la voix de son vice-président, le maire socialiste d’Issoudun (Indre), André Laignel : « Ce ne sont certainement pas de grands discours, parfois caricaturaux, qui feront sortir nos banlieues de l’état de relégation dans lequel elles sont plongées. Là encore, les espoirs qui avaient été suscités ont été déçus et le sabordage du rapport Borloo justifie la mobilisation de nos collègues maires de quartiers prioritaires de la politique de la ville. Nous faisons, à cet égard, nôtre l’appel de Grigny et son conseil national des solutions ».

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ENTRE GEOMETRIE ET ARCHITECTURE… ET AU-DELA

A propos du dernier livre de Philippe Boudon

« La géométrie, entre autres, est morte en tant que branche autonome, elle n’est plus que l’étude de structures algébrico-topologiques particulièrement intéressantes. » – « Nos modes de connaissance sont bien mathématiques. A eux sont indissolublement liés nos pouvoirs. » André Lichnerowicz – Remarques sur les mathématiques et la réalité in Logique et connaissance scientifique sous la direction de Jean Piaget (Encyclopédie de La Pléiade, 1967).

Le dernier livre de Philippe Boudon[1] tient de la gageure. Introduisant son livre par la célèbre citation de Pascal distinguant l’esprit de géométrie de celui de finesse, il se garde bien de les opposer : « Il semble que l’architecte doive louvoyer en permanence entre finesse et géométrie, comme entre art et science, voire entre sciences exactes et sciences humaines. » On sera, à cet égard, reconnaissant à l’auteur de n’avoir pas été jusqu’à faire une présentation « more geometrico » de ce qui relève de l’architecturologie ; de nous avoir épargné la fermeture sur l’axiomatique pour nous révéler comme entre les lignes ou par-delà les concepts un au-delà que la rigueur scientifique nous dissimule ; prenant le risque de nous égarer, au grand dam du géomètre et de ses épigones des sciences dites exactes, mais le risque en vaut la peine.

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BANLIEUES – Pointe avancée de la clinique contemporaine (2011)

Un livre de Louis Sciara, psychanalyste lacanien

La vague des attentats terroristes de 2015 et des années suivantes a fait surgir sur la scène médiatique et dans la presse spécialisée un double questionnement : d’une part, quel rapport dans le passage à l’acte entre le psychisme des individus qui s’y livrent et les idéologies empruntées à d’autres cultures, qui les motivent ? D’autre part, quelle influence peuvent bien avoir le milieu (géographique, culturel) et, d’une manière générale, les conditions économiques et sociales sur le développement de la personnalité, le comportement et, spécifiquement, les conduites déviantes ?

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AUX SOURCES DE LA PHOBIE DES VILLES ?

Sans feu ni lieu – Signification biblique de la grande ville. Un livre de Jacques Ellul (1975)

La pandémie a réactivé des réflexes « urbanophobes » et le confinement a mené à nous interroger sur les rapports de la ville de pierre, de béton et de bitume à la société qui habite dans ses « murs ». En même temps que la pandémie nous révélait la fragilité du rassemblement des hommes dans la cité, le confinement démontrait par l’absurde la solidarité qui les liait à elle.

Confrontés à ces antinomies, rien de tel que de se replonger dans les mythes qui sont à la source de notre histoire. Croyants ou pas, peu importe, ils sont signifiants. Et au-delà des différences d’interprétations (entre croyants entre eux et entre croyants et athées), c’est un même fond mythique qui permet, non pas d’expliquer mais de comprendre les ressorts d’une urbanité dans toute son ambivalence : caractère de ce qui est urbain à la fois en bien (civilité) et en mal (promiscuité, pollution…).

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A propos de SOCIOLOGIE DE L’ESPACE de Martina Löw

La ville n° 2 (1910) – Robert Delaunay
Coldc reaction / Wikipedia

L’espace au cœur du phénomène urbain

Dans L’espace critique Paul Virilio l’avait dit : « Ubiquité, instantanéité, le peuplement du temps supplante le peuplement de l’espace. » Autrement dit, aujourd’hui, le temps aurait pris sa revanche sur l’espace, dont on affirmait, jadis, qu’il était la marque de la puissance alors que le temps était celle de l’impuissance (Jules Lagneau : Cours sur la perception in Célèbres leçons). Les nouvelles techniques de l’information et de la communication (NTIC) en décuplant les vitesses de transmission et raccourcissant les distances aurait réduit l’espace à la portion congrue. C’est au temps désormais de contrôler l’espace par le moyen des communications électroniques et des transports rapides, qui mettent l’espace à la portée de tout un chacun en un « rien » de temps. On n’aménagerait plus tant l’espace que le temps, objet de toutes nos préoccupations comme en témoignent les dispositions prises par des villes toujours plus nombreuses pour prendre en compte les temporalités qui rythment le quotidien des citadins.  La conséquence en fut un éclatement de l’espace conduisant à un phénomène de « désurbanisation » générale, comme si privés de nos repères dans l’espace on se raccrochait au temps pour en trouver. Pourtant, la planification du temps, réduite au court terme, n’a rien gagné à l’abandon de toutes velléités de planification spatiale depuis les années 80.

Dans ses Principles of Economics publiés en 1936, Alfred Marshall prétendait déjà que « l’influence du temps est bien plus fondamentale que celle de l’espace ». Ce qui n’a pas empêché des auteurs de langue allemande, héritiers du modèle d’équilibre spatial de von Thünen appliqué au XIXe siècle à l’agriculture, de prendre en compte l’espace dans leur réflexion économique durant l’entre-deux guerres : August Lösch et Alfred Weber. Intégré dans la théorie économique l’espace n’apparaissait plus neutre et pouvait influer sur les équilibres économiques. Par ailleurs, en 1933 Walter Christaller, géographe, élaborait sa théorie générale des « lieux centraux ».

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L’INTROUVABLE « NATURE » DE LA VILLE

Cathédrale gothique dans une cité médiévale (XIXe s.)
Pieter Cornelis Dommerson
AndreasPraefcke / Wikimedia Commons

La « nature » de la ville – Esquisse d’une philosophie du phénomène urbain

Un livre bienvenu de Stéphane Gruet (Editions Poïesis : 2017)

Pourquoi a-t-on éprouvé le besoin d’adjoindre, dans les années 80, une  politique de la ville  à une politique urbaine (urban planning) ? Pourquoi cette politique n’a cessé de s’interroger sur l’articulation du « social » à l’ « urbain », qui a fait l’objet d’un rapport circonstancié de Thomas Kirszbaum au Comité d’Evaluation et de Suivi de l’ANRU en 2010[1] ? Au point de faire alterner « les » politiques, mettant l’accent tantôt sur le traitement social des quartiers dits « sensibles », tantôt sur la rénovation du bâti et des infrastructures, et ce au prix de démolitions traumatisantes pour les habitants.

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DE LA FRANCE DES METROPOLES A LA METROPOLE FRANCE

Traversée du nord des Landes par l’A63 – Exemple emblématique de conflit entre la technique au service de l’aménagement du territoire et le souci de l’écologie.
Photo Larrousiney / Wikipedia

A propos de La France des territoires, défis et promesses de Pierre Veltz

Alors que le président Macron a ciblé le Rassemblement National (RN) en tant que principal adversaire politique en vue des prochaines élections municipales et que ce dernier par la voie de sa présidente a fait passé la résorption de la fracture territoriale avant la dénonciation de l’immigration ; alors qu’aux assises de l’Association des petites villes de France (APVF) au Pont du Gard le 19 septembre le Premier ministre déclarait que « l’acte II de ce quinquennat est celui des territoires, de tous les territoires et de toutes les communes », sous-entendu grandes et petites, et que  Marine Le Pen lançait le 15 septembre à Fréjus pour sa rentrée politique le mot d’ordre de « démétropolisation » ; alors que la reconquête des territoires ruraux est l’objectif de La République en marche ! (LRM) et que celui du RN est de séduire les habitants des grandes villes, il est plus que jamais opportun de reprendre le fil des réflexions de Pierre Veltz à travers son dernier ouvrage paru en début d’année aux Editions de l’aube afin d’y voir plus clair et fourbir ses armes en vue des futures échéances électorales.

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POST-BLOG 3 : La ville en marge de la Littérature majuscule – Les Cités obscurs, Babar

Chères lectrices, chers lecteurs

Jamais il ne faut rompre brutalement avec les vacances, avec l’air de la campagne, de la mer, de la montagne pour nous replonger dans l’atmosphère des villes. Aussi, je vous propose cette petite balade dans la littérature enfantine, ainsi que dans celle de la BD, qui se situe dans un entre-deux indéfinissable pour nous enchanter ou nous effrayer, c’est selon. En un mot, à l’approche de l’automne, pour nous dépayser

François Schuiten et Benoît Peeters au Festival de la BD de Kobenhavn en 2006 (Danemark)
François Schuiten et Benoît Peeters au Festival de la BD de Kobenhavn en 2006 (Danemark)
Photo Fredik Strömberg / Wikimedia Commons
Le roi Babar et la reine Céleste
                                                                                                                                                                                                           Photo Vanessa / Flick

Il n’y a pas de littérature mineure. La ville n’est pas qu’un thème de la littérature classique, moderne ou savante. Elle figure en bonne place dans la BD et dans les livres pour enfants. En témoignent, entre autres, « Babar » et les « Cités obscures ».

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POST-BLOG 2 : La ville et ses déchets

Chères lectrices, chers lecteurs

J’avais annoncé la clôture de ce blog consacré à la littérature de la ville. Quelques-uns d’entre vous m’ayant demandé d’en prolonger la publication, qu’on ne peut normalement plus visualiser après avoir laissé deux mois sans publier, j’ai repris, quitte à les refondre ou les actualiser, quelques comptes rendus d’ouvrages ou chroniques parus durant ces trois dernières années.  

Bonne lecture.

landfill-879437_640Photo PIXABAY

POST-BLOG 2

Dans l’«Histoire de la merde » que nous conte Dominique Laporte, la ville a toute sa part : si la campagne nourrit la ville, celle-ci en contrepartie produit du déchet, à charge pour le citadin de le recycler… sur le modèle de la nature.

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