L’ART OU LA VIE

« Festin donné sous un portique d’ordre ionique » (1720-1725) Giovani Paolo Pannini Photo Gregory Lejeune / Flickr

« Ceux-là sont les plus intransigeants dans la vie qui n’ont qu’elle pour mode d’expression. »

Jean Rostand – Pensées d’un biologiste

Tout un chacun a du talent, ce qui peut faire défaut c’est la technique. Je connais un cuisinier génial qui ne supporte pas que l’on discute littérature ou art, à table ou ailleurs. Et ce n’est pourtant ni le talent ni la technique qui lui manque. Artiste qui s’ignore, son art est bien plus qu’une cerise sur le gâteau : une aura de saveurs et de délices, un fondu de sensations et de perceptions, qui enveloppe les mets par lui préparés, destinés à charmer les plus subtiles d’au moins quatre des cinq sens de ses convives.

Cependant, pour qui le défaut de technique s’avère dirimant il reste l’ultime ressource de faire de sa vie même une œuvre d’art : le « Grand œuvre ». Fini les affres de l’artiste ou du poète aspirant désespérément à rendre présent et agréable à la vue, à l’ouïe, à l’esprit…, la nature des choses, ou à dévoiler les mystères de l’absolu. Pour ces privilégiés, parmi les femmes et les hommes du commun, l’art, tous genres confondus, est réconcilié avec la nature, avec la vie ; abolies sont les frontières. Mais au prix de la précarité : art éphémère, celui du temps d’une existence, qui refuse l’ordinaire et confine d’autant plus à l’absolu qu’il est condamné à l’oubli. Quand ce n’est pas au prix de la folie : « Qualis artifex pereo » s’est écrié Néron avant de s’enfoncer le glaive dans la gorge !

Ainsi, chacun d’entre nous a-t-il, un jour, inévitablement rencontré – ou, trop jeune encore, rencontrera – quelque quidam malintentionné, qui, sous la menace, l’aura mis en demeure de choisir entre l’art ou la vie ; méconnaissant qu’entre deux postures extrêmes – celle qui fait de l’art un rejet et celle qui fait de la vie un art – une troisième posture qui, ne privilégiant ni l’un ni l’autre, les conduit ensemble, si possible au même rythme, à leur zénith.      

Sachant bien qu’à défaut d’avoir hérité du don de création, il nous reste encore la possibilité de concilier l’action et la contemplation des œuvres, pour autant que l’on sache se soustraire à l’agitation du monde.

Alors, l’art ou la vie ? Non, l’art et la vie, lesquels pour se présenter sur des plans différents n’en sont pas moins superposables comme dans un diorama : l’art aussi vital que la vie peut être sublime.

LES RICHES ET LES PAUVRES : ENCORE ! TOUJOURS ?

Messieurs en tenue de travail : « Les riches en se déguisant en pauvres pourraient bien donner aux pauvres l’idée de se métamorphoser en riches. » Litographie d’Aaron Martinet dans Le Charivari (1866)
Metropolitan Museum of Art – Rogers Fund / Photo Pharos / Wikimedia Commons

Plus l’enseignement et la recherche sont spécialisés, plus les sujets traités sont pointus, plus la vulgate, aidée en cela par les réseaux sociaux, se fait manipulatrice sur fond d’arguments simplistes articulés autour d’oppositions binaires.

Exemple, l’économie ramenée à sa plus simple expression : celle qui oppose les riches aux pauvres, écume d’une discipline incessamment à la poursuite du réel sans chercher à approfondir pourquoi il y a de moins en moins de riches de plus en plus riches, d’un côté, et toujours plus de pauvres de plus en plus pauvres de l’autre ? Le recours aux vases communicants se déduit naturellement du constat : prendre dans la poche des uns, censés avoir trop, pour remplir celle des autres, démunis, en sorte que les niveaux soient  égalisés. Vision d’un monde aplani ! Utopie sans aspérités ! Illustration de la théorie du ruissellement ?

Sachant que cette dissymétrie superficielle se double d’une autre beaucoup plus pernicieuse, qui relève de la perception : les riches, faute d’empathie, n’imaginant même pas le genre de vie auquel sont astreints les pauvres, alors que ces derniers, par médias interposés, peuvent se représenter avec la plus grande acuité celui que mènent les riches. Avec les conséquences politiques, combien menaçantes pour la démocratie, que l’on sait ! 

SEMINAIRE ANALYSE ET POLITIQUE DE LA VILLE : Investissements privés et services publics

L’actualité nous rattrape a l’habitude de dire Guy Burgel. Elle a, en contrepartie, le mérite de nourrir la réflexion, à charge pour nous de décrypter les ressorts qui engagent notre devenir, de déchiffrer les signes avant-coureurs de ce que l’avenir nous réserve : promesses et menaces mêlées.

Nous poursuivons, dans le cadre du partenariat entre l’IGU, la FMSH, l’EHESS et le Comité d’Histoire, la rédaction des comptes rendus du cycle du séminaire 2018-2019 portant sur « Financiarisation de la ville et liberté du politique ». Après celui de la session du 20 décembre 2018 consacrée à « Promotion immobilière et forme urbaine« , nous abordons, aujourd’hui, les problématiques liées des « Investissements privés et services publics », objet de la session du 22 mars dernier.

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DES ALIENES ET DES VILLES

Minecraft (Pixabay)

Les urbanistes auront noté avec intérêt, du moins ceux qui sont sensibles à la dimension sociale de l’urbain, qu’à Sainte-Anne l’équipe médicale utilisait un logiciel de simulation de la ville pour aider les schizophrènes à sortir de leur enfermement psychologique : « Les premiers résultats montrent une amélioration de l’attention, de la sensation de bien être physique et de la qualité des interactions sociales », commente un psychiatre du service.

Référence : Le Monde du 24 juin 2015, supplément « Science et Médecine ».

EVANESCENCE DE LA JOUISSANCE PERENNITE DE L’AMOUR

Oiseaux-Lyres
Les oiseaux d’Australie (Volume III) J. et E. Gould, 1840-48
Wikipedia

Tout commence avec le désir, nous dit Paul Audi, philosophe amant, amant philosophe(*). Si suite à appel de détresse dans le désert ou au milieu de l’océan déchainé l’amour n’y répond pas, ce peut être le drame.

A moins que d’un coup d’aile, l’oiseau-lyre vienne à nous dépayser, avec l’éternité comme horizon.

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(*) Auteur de Le pas gagné de l’amour (Editions Galilée, 2016).

LYRIQUE A N’EN PLUS FINIR

Assis sur un tapis de feuilles mortes abandonnées là par l’automne,
A l’ombre d’un saule qui, pour une fois, souriait aux rayons du soleil de midi,
Délaissant le souvenir et le rêve qu’il sera toujours temps de rappeler ou de convoquer,
Se laisser aspirer par le bonheur d’être qui imprègne toutes choses alentours,
Pénétrer par effraction dans leur intimité…

Le lyrisme ne connaît pas de fin.