RECEPTION DE BARBARA CASSIN A L’ACADEMIE FRANCAISE

Barbara Cassin en juin 2014
Photo Tomislav Medac / Wikipedia

Une femme de plus se réjouiront certaines, certains, pendant que d’autres déploreront qu’avec cinq femmes (pour 40 sièges), dont la secrétaire perpétuelle, Hélène Carrère d’Encausse, on soit encore si loin de la parité.

Mais c’est pour une toute autre raison que cette réception fera date. Quels dieux ont bien pu présider à l’association d’un prénom dérivé du substantif « barbare » au patronyme d’une illustre famille qui compte parmi ses proches ancêtres un des rédacteurs de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme de 1948 ? (*)

Ce ne serait donc pas par hasard que la célèbre philologue revendique ce double héritage : à travers son œuvre, elle s’est efforcée de défendre la diversité sous toutes ses formes, et d’abord la diversité culturelle reflet de celle des langues, bannissant le « globish » au même titre que le nationalisme.

Par les temps qui courent, quand s’affrontent d’une manière stérile universalistes et communautaristes, ce n’est pas rien, et il faut saluer les intellectuels qui, comme elle, s’attachent à « déconstruire » ces fausses évidences sur lesquelles surfent allègrement les extrémistes de tous bords, contribuant à nous enfermer dans des impasses idéologiques, sans recours ; sachant bien que les legs judéo-chrétien et gréco-latin, intriqués, ne doivent pas masquer que nous sommes les descendants directs de barbares et les héritiers d’une hybridation culturelle sans retour. Il est trop tard pour le regretter et trop tôt pour savoir ce que le monde globalisé et fragmenté d’aujourd’hui nous réserve pour demain : « Migrations, émigrations, conquêtes, aucune portion de l’humanité n’est restée au lieu de son origine, […] : nous sommes tous des exilés ! » (**).

Aussi bien, confronté à une évolution  irréversible – mais non dissolvante quoi qu’on prétende – il n’est pas d’autre alternative que de tirer le meilleur parti d’une diversité attractive autant que redoutée, tout en refusant Babel, tout en rejetant la domination d’une culture sur les autres. Et pour ce faire puiser, encore et toujours, dans la sophistique antique les vertus de la parole et de l’échange, du logos, seul antidote à la violence.

_______________________________

(*) Le philosophe Jean-Luc Marion, qui l’a reçue sous la Coupole ne s’est pas privé de disserter sur l’étymologie de son prénom : « Madame, vous revendiquez le droit de barbariser ».

(**) La nostalgie sous-titré Quand donc est-on chez soi ?         


Contact : jeanfran.serre@gmail.com

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