LA CANICULE N’AURA PAS FAIT TOMBER LE VOILE

Fête marocaine à Marrakech (1930) Gouache d’Azouaou Mammeri
Photo Jean-Pierre Dalbéra /Flirck

« Tu n’opprimeras pas l’émigré ; vous connaissez vous-même la vie de l’émigré, car vous avez été émigrés au pays d’Egypte. » L’Exode : 23,9 (traduction TOB)

Ce n’est pas le moindre mérite des raisonnements simplistes que d’attirer l’attention, par contraste, sur l’intelligence que recèle la « complexité ».

Bien qu’il faille se garder de généraliser – méchant travers des accusateurs – constatons que les chrétiens ont une fâcheuse tendance à être réceptifs à la théorie du « grand remplacement ». N’est-ce pas qu’ils ont de bonnes raisons de s’inquiéter de l’immigration en un temps où le déficit démographique menace un équilibre économique précaire ? Révolu, le temps où les juifs leur servaient de couverture pour faire en toute bonne conscience de l’argent, dont l’emploi dans les bonnes œuvres était la justification.

Il y a belle lurette que faire de l’argent avec de l’argent n’est plus une honte. Même décomplexé à cet égard, l’islam a gardé des pudeurs dont le christianisme s’est départi. D’où la double menace qui pèse sur l’héritage du Christ et des apôtres : celle de voir les valeurs promues par les Evangiles être supplantées par l’argent, d’une part, délaissées au profit des prescriptions du Coran, d’autre part. Non monétisables, donc non échangeables, les valeurs spirituelles, morales du christianisme seraient en passe d’être submergées par l’islam !

Mais, à qui la faute si le capitalisme triomphant a asséché la source à laquelle le christianisme puisait et si le malthusianisme ayant à ce point enrayé l’expansion démographique des nations représentatives de l’Occident chrétien, il leur faudrait avoir recours à l’immigration pour se maintenir à flot. Au lieu de cela, prenant le risque d’accélérer encore plus leur déclin, les peuples censés incarner l’esprit de cet Occident – timorés jusqu’à l’aveuglement – préfèrent le repliement derrières les murs de la honte au partage des ressources naturelles et des biens communs, par ailleurs menacés de tarissement du fait de leur imprévoyance.  

Les pasteurs ne se sont pourtant pas privés de sermonner leurs ouailles afin qu’elles laissent au vestiaire leurs préservatifs et, suivant l’injonction de la Genèse (1.28), fassent des enfants, promis indistinctement à la noblesse comme à la servitude : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. » Mais, n’est-ce pas déjà trop tard lors même qu’à force de « nous rendre maîtres et possesseurs de la nature » le dérèglement climatique aura pour conséquence d’accentuer les migrations provoquées par les inégalités de développement et les guerres idéologiques et d’influence ? 

Par trop simpliste, caricatural, pensez-vous en votre for intérieur ! Mais quelle complexité, témoignant d’une intelligence supérieure, opposer à un raisonnement de « bobo » – plus entiché que jamais d’urbanité et de mixité idéalisée – retourné contre sa classe sociale ?

Foin des oppositions dogmatiques, binaires, qui polluent le vivre-ensemble à l’instar de la croissance et de son corollaire, le consumérisme, qui dégradent – peut-être irréversiblement – la planète. Pour être subtil, le lien entre les deux n’en saute pas moins aux yeux d’un observateur perspicace à la faveur de l’actualité, illustration de l’influence du climat et des migrations sur les cultures.

L’émergence de trois monothéismes sous le soleil d’Orient aurait pourtant dû nous épargner cet enfermement suicidaire dans une logique binaire. Il n’en fut rien, leur concurrence l’ayant emporté, au gré des conflits entre peuples issus pourtant d’une même origine, pour exclure le tiers qui aurait pu les concilier. L’esprit de la laïcité, nous avait jusqu’à présent, en Europe au moins, éviter le pire. Pour l’avenir la question, cruciale, est dorénavant  de savoir si – dans une conjoncture internationale des plus instables, voire explosive –  il aura la force de résister. Sinon, il nous restera encore l’espoir qu’un de ces monothéismes, qui se sont succédé en Orient avant de s’affronter, aura, en Occident, la sagesse et l’autorité suffisante de se poser – sans s’imposer – en médiateur. Lequel des trois ?

Nous percevons les évènements à travers la loupe de l’actualité, dont le grossissement est encore amplifié par les médias. Que pèsent respectivement le réchauffement climatique et l’affaire du voile islamique au regard de l’Histoire ?  L’avenir le dira, mais en attendant il nous appartient de tirer les leçons du passé et nous appuyer sur les signes que nous délivre le présent pour le construire, patiemment mais sans assurance.

C’est en ce sens que le débat sur le voile, qui exacerbe l’opinion, exprime peut-être plus que le symptôme superficiel du mal d’un siècle déstabilisé par les flux migratoires, et que les effets du réchauffement climatique sont sans doute moins irréversibles que ce que les « collapsologistes » – néologisme dont on use pour conjurer les résonances mythiques d’un « catastrophisme apocalyptique » – voudraient nous faire croire.     

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