APHORISMES POUR UN ETE (7) Amor fati

Enfant, nous grandissons en nous distançant chaque jour un peu plus de la bête, adulte nous vieillissons en nous rapprochant insensiblement du stade végétatif… avant de retourner à la terre nourricière.

Plus lyriquement :

Si, pour l’enfant, grandir c’est se distancer de l’animalité originelle, en vieillissant, l’adulte renoue avec le règne végétal, sa sérénité, indifférent à l’agitation du monde… avant de retourner à la terre, jadis gage de stabilité, aujourd’hui en péril.

***

Osé, sinon scandaleux, pensez-vous, alors même qu’antispécistes et autre végans voudraient abolir les frontières entre règnes et entre espèces dans la plus grande confusion, ignorant les aberrations qui en résultent au regard tant de la science que de la morale. Aussi, prendrons-nous à témoin Diderot, pour une fois poète, dans son Entretien avec d’Alembert :

« J’aime ce passage du marbre à l’humus, de l’humus au règne végétal, et du règne végétal au règne animal, à la chair. »

Et, le même, plus philosophe, dans le Rêve de d’Alembert :

« Tout minéral est plus ou moins plante, toute plante est plus ou moins animal. Il n’y a rien de précis en nature. »

« Rien de précis en nature » : n’est-ce pas la raison même pour laquelle il y a aujourd’hui péril en la demeure terrestre : tout se tient, pour être distincts les règnes de la nature n’en sont pas moins liés entre eux et les espèces solidaires entre elles.

Dernier  témoignage,  récapitulatif,  de  Montherlant  célébrant  le principe d’« alternance » :

« Etre la matière, et puis elle se fond dans le bestial, et dans le bestial être toutes les espèces, à chaque instant s’évadant l’une dans l’autre, et du bestial se transformer insensiblement dans l’humain, et dans l’humain être tous les sexes et tous les âges, à chaque instant s’évadant de l’un dans l’autre, et de là devenir le surhumain, par transitions, toujours, et de là  redevenir le bestial (sans jamais avoir cessé d’être le divin), et cela sans cesse, sans cesse, comme l’homme et le serpent, dans septième égout de Malebolge, échangent continuellement leurs êtres… »


[Citations de Diderot recueillies par Eric-Emmanuel Schmitt dans « Diderot ou la philosophie de la séduction ». La citation de Montherlant est tirée de l’article « Syncrétisme et alternance  » dans le recueil « Aux fontaines du désir ».] 

 

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