ELOGE DESABUSE DU « PLOUC » EN MAJESTE

Plouc power by Tetue (Flickr)

« La distinction » revue et corrigée

Distinction suprême du nouveau plouc, plus que jamais détaché de son terroir, désormais urbain : bien loin de toujours se moquer de son apparence quelque soit le milieu et les circonstances, faire valoir sa différence en revendiquant un conformisme de bon aloi, non sans ostentation. C’est à force de se confronter aux urbains qu’il parachève sa mue, jusqu’à en ringardisé piteusement l’hipster. Dérisoire revanche ?

Fi, donc, de l’étymologie. « Considérez que, dans la bonne société, tout ce qui vous fait remarquer va à l’encontre du bon ton », écrivait Adolf Loos en 1898 dans un article intitulé « La mode masculine » dans lequel il brocardait ceux qu’il qualifiait de gandins. « Les milieux distingués, ajoutait-il, préfèreront toujours les changements de tendance qui passent le plus inaperçus dans les classes moyennes. » On peut se passer de paraître beau pourvu qu’on soit, en toute circonstance, bien sous tous rapports. Ainsi en va-t-il du néoplouc, moins soucieux de passer inaperçu que toujours paraitre sans aspérité, d’agir et de s’exprimer en conformité avec le sens commun. La tenue, la gestuelle, le verbe, tout à l’unisson. Contre l’originalité à tout prix, privilégier ce que l’on partage avec le plus grand nombre et  se plier aux variations de l’opinion. Charme peut-être désuet, mais qui n’a rien à envier à celui, discret, de la bourgeoisie.

Rousseau parlant des Français dans La Nouvelle Héloïse, cité par Montherlant dans Le solstice du juin, écrivait : « Ce peuple imitateur serait plein d’originaux, qu’il serait impossible d’en rien savoir, car nul homme n’ose y être lui-même. Il faut faire comme les autres : c’est la première maxime de la sagesse du pays. » Ainsi, faire comme les autres reviendrait à se prémunir contre toute intrusion, contre toute contamination et, partant, à se préserver soi-même. Faire ou se contenter de seulement paraitre ? C’est toute la question, sachant que pour  faire comme les autres, on n’en pense pas moins ! Le publiquement correct occulte le politiquement incorrect.

N’oublions toutefois pas qu’on n’est jamais que le plouc d’un autre : à sa gauche, à sa droite qu’importe, mais toujours au dessous, quelle avanie ! 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s