XIX – LA VILLE INTERPELLEE PAR LA MONDIALISATION – 1) Jane Jacobs: de la mise en accusation du fonctionnalisme à l’éloge de la diversité

AERIAL_VIEW_OF_LOWER_BRONX_-_NARA_-_548424Vue aérienne du Bronx (1946) – Photo Chester Higgins / Wikimedia Commons

1 – La ville revisitée par Jane Jacobs : de la mise en accusation du fonctionnalisme à l’éloge de la diversité

Le constat dressé (en 1961) par Jane Jacobs pour les Etats-Unis [1] est sévère : « Lorsqu’on passe en revue un certain nombre de villes, on remarque en effet que les secteurs urbains qui dépérissent sont précisément ceux que l’urbanisme officiel qualifie de sans problèmes. Ce que l’on remarque moins, mais qui est tout aussi significatif, toujours en passant en revue un certain nombre de villes, c’est que les secteurs urbains qui résistent au dépérissement sont précisément ceux que l’urbanisme officiel a condamné. » Et pour comble d’incurie, « les villes n’ont fait l’objet d’aucune étude approfondie, et aucune considération ne leur a été accordée : elles ont servi de victimes sacrificatoires. »

Quelque soient leurs motivations, intéressées ou désintéressées, les urbanistes, concepteurs de la ville, pas moins que ceux qui la font ou la finance, ne sont épargnés par J. Jacobs puisqu’ils s’appuient les uns sur les autres pour la produire. Lorsque l’auteure proclame ironiquement pour fustiger l’urbanisme officiel : «  En bref, le bon urbanisme c’était l’urbanisme du projet », ce n’est pas tant au projet qu’elle s’en prend qu’à l’imposition de théories déconnectées du terrain, des besoins, aspirations et désirs des habitants de chair et d’os. Jugement qui rejoint celui d’Henri Lefebvre dans La révolution urbaine : « On dit souvent que sans les urbanistes, ce serait le chaos. Or précisément, c’est le chaos, sous un ordre imposé. »

L’auteure commence donc par rappeler la filiation de cet urbanisme et de ses erreurs depuis les promoteurs de la « Cité-jardin » avec Ebenezer Howard jusqu’à Le Corbusier et sa « Cité radieuse », en passant par Patrick Geddes dont l’organicisme est mis en cause à l’occasion, sans oublier Lewis Mumford dont la dénonciation de l’urbanisme des sociétés industrielle et postindustrielle n’a pas peu contribué à la dépréciation de l’urbain en général. Bien que différentes dans leur mise en œuvre formelle (horizontalité contre verticalité, retour à la nature contre valorisation de la tradition), ces conceptions urbanistiques se rejoignent en ce qu’elles sont les produits d’une perception négative de la ville marquée de manière indélébile par les stigmates de l’industrialisation. Cités-jardins et Cités-radieuses ont en effet, de par leur conception et leur situation, comme caractéristique de se détourner de la ville, au moins dans sa version traditionnelle considérée comme inadaptée à la société moderne. Et ce, sans vraiment renouer sinon superficiellement avec la nature. Mais pour J. Jacobs, ces avant-gardistes de l’urbanisme moderne et de l’architecture internationale n’ont rien fait d’autre que de jeter le bébé avec l’eau du bain. C’est qu’en reniant l’esprit de la ville ils ont accusé la rupture avec une urbanité consubstantielle au lieu de chercher à adapter la ville au mode de vie bouleversé par la diffusion des techniques et ses conséquences sur le travail et les loisirs. Rupture qui s’est traduite sur le terrain, entre autres, par la recherche d’une plus grande autonomie des unités urbaines détachées des grandes villes et par la séparation des fonctions. Avec pour résultat un isolement accru des habitants et une schizophrénie, conséquence de la ségrégation spatiale et du cloisonnement des fonctions urbaines entre lesquelles l’usager se trouve écartelé. Alors qu’à l’époque de l’industrialisation, il s’agissait de fuir la campagne pour la ville pourvoyeuse d’emplois, le mouvement s’est aujourd’hui inversé : on rejette la ville avec ses pollutions et nuisances pour aller à la rencontre d’une nature d’autant plus idéalisée qu’elle est désormais consacrée aux loisirs. Or, nous dit l’auteure, « les grandes villes et les campagnes peuvent fort bien s’entendre. Les grandes cités ont besoin d’être à proximité d’une vraie campagne et celle-ci a besoin des grandes cités, avec toutes leurs opportunités et leur productivité, de façon à ce que les hommes soient en mesure d’apprécier leur environnement naturel et non le maudire ».

Or qu’est-ce qui fait la spécificité de la ville, sinon la rue que la grande ville tend à la négliger et que le mouvement moderne en urbanisme réduira à sa fonction de circulation, alors que, avec ses trottoirs, elle représente bien plus. La vitalité urbaine est, en effet, dépendante de la qualité des aménagements du réseau viaire qui irrigue la ville et dont l’animation est redevable. D’où l’importance que l’auteure accorde à la rue et aux places, à leur fonction de contact et aux conditions requises pour la sécurité : « La plupart de ces contacts entre usagers de la rue sont tout à fait superficiels, mais leur somme ne l’est pas. » Une rue animée créée un climat de confiance, contribue à la construction d’une identité commune et procure un sentiment d’appartenance : « Les gens fortunés ont beaucoup de moyens à leur disposition pour satisfaire leurs désirs, alors qu’à cet égard, les gens moins bien lotis sont davantage tributaires de la vie sociale générée dans la rue […]. »

Pour l’auteure la sécurité ne doit pas tant reposer sur la police et la répression que sur les habitants qui sont les plus à même d’assurer préventivement un autocontrôle. Dans cet esprit, trois conditions sont requises :

 –  « Premièrement, le domaine public et le domaine privé doivent être clairement départagés. »

 –  « Deuxièmement, il doit y avoir des yeux dans la rue, les yeux de ceux que nous pourrions appeler les propriétaires naturels de la rue. »

 –  « Troisièmement, la rue doit être fréquentée de façon quasi-continue, à la fois pour augmenter le nombre des yeux en action, et pour inciter  les occupants des immeubles riverains à observer les trottoirs en grands nombre. »

Dans le contexte des Etats-Unis, Jane Jacobs peut ainsi relever que « les contacts et la sécurité dans la rue, pris ensemble, constituent des données essentielles du problème social le plus grave qui se pose dans notre pays : la ségrégation et la discrimination raciale. »

« Pour comprendre ce qu’est la ville, écrit J. Jacobs,  nous devons tout de suite considérer que les phénomènes essentiels à étudier sont les combinaisons  ou les mélanges de fonctions urbaines et non celles-ci prises séparément. » Autrement-dit, c’est la diversité qu’il faut réhabiliter. Passons rapidement sur les conditions de cette diversité tant elles sont devenues familières à nos urbanistes contemporains :

 
  • un mélange de fonctions primaires (fonctions de base constituant un ancrage pour les habitants : lieux de travail, logement, équipements culturels et de loisirs suffisamment attractifs…), susceptibles de générer des fonctions secondaires (commerces et services…) ;
  • des blocks de dimensions raisonnables pour « augmenter le nombre de croisements et par là même celui des possibilités de tourner au coin de la rue » ;
  • un mélange d’immeubles de standing différents avec une certaine proportion d’immeubles anciens « pour que l’éventail des loyers soit très ouvert » ;
  • un minimum de densification, condition pour qu’un quartier soit vivant, animé et attractif.

Pour J. Jacobs « la diversité est inhérente aux grandes villes ». Aussi, souligne-t-elle que la réunion de ces quatre conditions est indispensable si l’on veut atteindre une certaine efficacité. C’est en effet leur association qui, par effet d’entrainement, sera seule en mesure d’assurer une diversité source de vitalité. Mais, dans le même temps, elle met en garde contre les forces nocives, également au nombre de quatre, qui poussent la diversité à l’autodestruction :

 1°- la propension d’une diversité réussie à se détruire elle-même, l’accroissement de la concurrence ayant à la longue un impact négatif sur la rentabilité ;

 2°- la tendance des fonctions dominantes à étouffer les autres ;

 3°- l’instabilité de la population, qui a pour effet de contrecarrer le déploiement de la diversité ;

 4°- l’inadaptation des financements à soutenir l’expansion des activités ou leur évolution en fonction de la conjoncture.

L’auteure propose trois remèdes, les deux premiers défensifs, le troisième volontariste, pour contrer ces effets pervers :

 –   l’instauration d’un zonage, non pas séparatif mais intégrateur, pour favoriser la diversité en dissuadant, au moyen de la fiscalité par exemple, les catégories d’établissements en surnombre ou en encourageant, au contraire, l’implantation de ceux qui sont déficitaires ;

 –  l’utilisation d’équipements publics pour servir de « points d’appui stratégiques » de nature à avoir un effet de levier sur la diversité (bibliothèque par ex.) ;

 –  la « dérivation fonctionnelle vers des sites compétitifs » par la mise en place d’une réglementation contraignante associée à une politique fiscale stimulant l’offre et la concurrence.

Ainsi, constate J. Jacobs, plus la diversité est appelée à être attractive, plus les activités connaitront de succès, mais moins elles seront économiquement rentables et plus la concurrence leur sera fatale. D’où, lorsque les mécanismes de rétroaction naturels ne jouent plus, la nécessité pour les pouvoirs publics d’intervenir pour corriger les excès par des mesures dissuasives ou au contraire résorber les déficits par des incitations permettant de rétablir un équilibre toujours menacé dans un contexte de liberté économique. «  Des cités mornes et dépourvues d’animation contiennent, c’est vrai, écrit-elle, les germes de leur propre régénération […]. » L’auteure, qui établit des correspondances entre formes urbaines et comportements sociaux, met, en outre, l’accent sur les incompatibilités et arbitrages que la mise en œuvre de la diversité implique entre emprise au sol des constructions et densité de logements.

C’est la raison pour laquelle, prenant en compte la complexité du développement urbain, elle préconise une démarche systémique visant à en intégrer les composantes. L’organisation des villes, spatiale, économique et sociale, doit permettre le foisonnement des initiatives, le développement des synergies et la diversité fonctionnelle. Contre la spécialisation et le regroupement des activités de même nature, elle plaide pour la dissémination des fonctions dans le tissu urbain, densifié en conséquence afin d’assurer l’intensité de la vie urbaine.

Enfin, pour traiter la complexité des phénomènes urbains J. Jacobs tire d’un rapport du Docteur Weaver rédigé en 1958 pour la Fondation Rockfeller une méthodologie. Ce dernier distingue trois périodes dans l’histoire de la pensée scientifique en fonction de l’aptitude de la recherche à traiter des problèmes :

 1)   du XVIIe au XIXe siècle, ces problèmes, propres aux sciences physiques, dépendent d’une simplicité élémentaire : mise en relation de deux variables au plus ;

 2)  à l’orée du XXe s., on a recours au calcul des probabilités et aux statistiques pour traiter de questions dont la complexité est désorganisée ;

 3)  depuis les années 30, enfin, il apparaît que les sciences de la vie relèvent d’une complexité organisée.

Or, par analogie avec les sciences de la vie, nous explique J. Jacobs, c’est de ce dernier type de complexité que la ville dépend, organisée donc. Non seulement les variables à prendre en compte sont nombreuses, mais en plus elles sont « étroitement interconnectées au sein d’un ensemble organique. » Aussi est-ce dans cet esprit que les urbanistes devront désormais œuvrer, en rompant avec les méthodes qui avaient prévalu jusque dans les années 50 et qui consistaient à isoler les facteurs du développement urbain et à en traiter séparément les variables comme le faisait la Charte d’Athènes avec l’habitat, le travail, les loisirs et les déplacements.

Le cas des grands ensembles et cités d’habitat social est à cet égard exemplaire des conséquences néfastes de l’application, plus ou moins fidèle, des principes de ladite Charte. Pour y remédier deux objectifs sont posés : réintégrer ces opérations dans l’agglomération et encourager la diversification des fonctions. C’est à cette double condition que ces ensembles retrouveront une animation indissociable de la sécurité qui leur fait cruellement défaut. Ce qui implique, vu qu’« au fil des années, la construction de ces programmes de logements sociaux est devenue une véritable mécanique consistant à aligner des tours de plus en plus hautes dans des environnements de plus en plus vides », de reconstituer des quartiers sur la base d’un réseau de rues communicantes en mettant à profit les vides autour des immeubles de grande hauteur pour restructurer l’espace.

L’auteure fait le procès des développeurs qui, face à la complexité de la gestion urbaine confrontée à des échelles de plus en plus grandes et à l’accumulation des problèmes économiques et sociaux qui en découlent, cèdent à la facilité en recourant à la « déconstruction » préalable à toute intervention. Elle a recours à une analogie avec la pseudo-science médicale de la saignée au XIXe siècle pour fustiger la pratique de la table rase en matière de rénovation (l’analogie vaudrait pareillement pour les lavements pratiqués du temps de Molière). Dans les deux cas, en effet, il s’agit de « faire sortir les humeurs mauvaises » alors que l’objectif devrait être, au contraire,  de développer la « vitalité urbaine » par : − la planification de la diversité, − la résorption de l’insalubrité « en créant des conditions de vie propres à maintenir sur place la majorité des habitants d’origine, quelle que soit leur ascension sociale », − la substitution de forces constructives aux forces d’autodestruction, − la clarification, enfin, de l’ordre visuel des villes « en respectant et en mettant en valeur leur ordre fonctionnel plutôt qu’en y faisant obstacle ou en niant son existence. » Si tant est que « des cités vivantes, diversifiées, actives, contiennent les germes de leur propre régénération et peuvent faire profiter leur environnement de leur vitalité. »

Critiquant implicitement le recours à la notion d’unités de voisinage, du moins en tant qu’elles seraient tentées de se replier sur elles-mêmes, elle conclut : « En bref, les quartiers qui marchent ne sont pas des entités séparées les unes des autres. Au contraire, sur le plan matériel, social et économique, ce sont des entités étroitement liées les unes aux autres, à petite échelle certes, mais à la manière des fibres d’une corde. » Et plus que l’homogénéité ethnique, note-t-elle avec pertinence, c’est la stabilité des habitants qui assure à un quartier sa cohésion. Or, « pour maintenir dans un quartier la présence d’un certain nombre d’habitants qui ne bougeront pas, la ville doit posséder cette grande fluidité et cette mobilité d’usage dont Réginald Isaacs[2] faisait état […] ».

***

Il n’est pas besoin d’insister, au XXIe siècle, sur la postérité de ces prises de position. Notre auteur n’en stigmatisait pas moins les mythes qui s’attachaient à une diversité mal pensée ou improvisée. Depuis 1961 l’ethnicisation des rapports sociaux a gagné l’Europe, mais les problèmes se sont déplacés. Si la diversité, la mixité, font consensus, leur mise en œuvre entre proximité spatiale et distance sociale est toujours à la recherche d’introuvables compromis. Au point qu’aujourd’hui la mobilité tend à être privilégiée par rapport à une mixité endogène, source de conflits potentiels. La cohabitation des fonctions – habitat, activités, commerce, voies de circulation – posent de nouvelles questions aux édiles tiraillés entre des impératifs économiques et sociaux contradictoires. La question des nuisances et pollutions, des excès de l’artificialisation des sols est plus que jamais au centre des préoccupations de l’urbaniste obsédé par le développement durable, au point que, par retour de balancier, la nostalgie de la nature semblerait nous reprendre. Les questions sécuritaires sont devenues l’obsession d’élus confrontés à la violence dans les grands ensembles – et ailleurs. Certains ont voulu voir une filiation entre la conception de l’espace défensif avancée par Oscar Newman et la vision de l’espace public de Jane Jacobs. Mais, si celle-ci établissait un lien entre aménagement spatial et conduite déviante c’était moins en vue d’imposer un contrôle mutuel comme chez Newman et ses épigones que de responsabiliser les habitants en promouvant un urbanisme convivial, fondé sur la diversité et l’animation, susceptible d’inciter à la vigilance : « La sécurité est en effet garantie au mieux, sans effort visible et avec le minimum d’hostilité ou de suspicion, là où, précisément, les gens circulent avec plaisir et sont très peu conscients du fait qu’ils assurent eux-mêmes la police. » Enfin, si la stabilité de la population est effectivement dans certains cas un gage de cohésion sociale, il se pourrait au contraire qu’une mobilité consentie soit la condition de l’ascension sociale des habitants des grands ensembles.  Quant à l’analyse en termes de complexité telle qu’exposée par l’auteure, Edgar Morin, entre autres, peut bien l’avoir depuis enrichie de nouveaux développements, elle n’a en rien perdu de sa pertinence.

***

Certaines des propositions de Jane Jacobs, par ailleurs très marquées par le contexte des Etats-Unis des années 50, peuvent paraître aujourd’hui dépassées comme en matière de sécurité, ou banales comme en ce qui concerne la mixité des fonctions. Elles n’en ont pas moins tracé la voie, de ce côté-ci de l’Atlantique comme au-delà, à un urbanisme renouvelé, dont ceux qui ont hérité de formes urbaines caractérisées autant par la discontinuité que par la monotonie lui sont redevables. Malgré tout, de ce côté-ci, il faut bien reconnaître que, soit son héritage est ambivalent, soit il a été dévoyé. En effet, on y a depuis inventé la politique de la ville et cru bon tirer de ses préceptes son envers, à savoir une police de la ville : duplicité de ce qui n’est qu’une politique dépolitisée dont l’inconsistance conduit à disperser une population qui manifeste son désespoir dans la rue pour la recentrer (pour ne pas dire concentrer) dans ses quartiers de relégation.

A suivre :

2) Par-delà toute démarche disciplinaire : « La condition urbaine » dans « La ville des flux » vue par Olivier Mongin à l’aune de la mondialisation


[1] Déclin et survie des grandes villes américaines.

[2] Architecte et planificateur urbain critique de la notion d’unité de voisinage, introduite aux Etats-Unis par Clarence Perry dans les années 20, et instrumentalisée dans un sens ségrégatif par les promoteurs (note d’Urbainserre).

_____________________

Chers lecteurs

 Si la ville est toute de diversité, si irrité de cette diversité vous éprouvez le besoin de vous ressourcer, avant que de chercher à vous retrouver dans une nature de plus en plus introuvable, partagez votre différence.

 Merci de me faire part de vos commentaires, même et surtout critiques, de me signaler toute erreur ou mésinterprétation dans la rubrique prévue à cet effet. A moins que vous ne préfériez m’écrire à l’adresse e-mail suivante : serre-jean-francois@orange.fr.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s