XI – L’APPROCHE SOCIO-ECONOMIQUE – La ville phénomène économique de Jean Remy (2000)

L’approche socio-économique

Parc industriel de Schenzen : Zhong Xing Telecomunication Equipement Company Limited (ZTE) –Photo : Brücke-Osteuropa (Wikimedia Commons)

La ville phénomène économique de Jean Remy (2000)

La ville, phénomène économique[1], titre Jean Remy. Mais si c’est pour prendre d’abord en compte le point de vue du producteur et du consommateur final c’est aussi pour relier la conception qu’en a l’économiste à celle du sociologue, en déplorant l’insuffisance des théories de la ville. La vision économique de la ville que propose Remy s’articule autour des économies d’agglomération (qui ne se limitent pas aux économies de dimension), source de forces centripètes, et des diséconomies d’agglomération à l’origine de tendances centrifuges. A l’encontre des théories classiques pour lesquelles l’espace était neutre, son importance stratégique est aujourd’hui affirmée par les analystes de l’économie urbaine.

La ville est une unité économique spécifique qui se situe entre l’entreprise et le marché. Sa justification réside dans les avantages d’agglomération pour les agents économiques, au premier rang desquels, les entrepreneurs et consommateurs. Encore faut-il que les externalités négatives ne viennent pas annuler ces avantages. D’où l’attention portée sur les effets liés à la taille, à la dispersion des activités et à la croissance incontrôlée. Les diséconomies d’agglomération, notamment, sont appelées à être compensées :

 1)      sur le plan interne par l’organisation de l’espace urbain : répartition des activités et dispositifs de circulation, en particulier ;

2)      sur le plan externe par la mise en réseau des villes autour d’un centre principal et de centres secondaires hiérarchisés et complémentaires.

 C’est ainsi qu’intégrée au sein d’un réseau, la ville est un élément clé dans le cadre du système d’organisation de l’espace qui n’ignore pas pour autant l’espace rural et le rôle qu‘y joue l’agriculture. La notion de hiérarchie est introduite pour expliquer la structuration de l’espace à mesure de la croissance des besoins des acteurs et de la complexification des réponses à apporter

Mais les économies de dimension et les économies d’agglomération ne suffisent pas à caractériser une unité urbaine. Par delà les effets de taille ou de juxtaposition des activités, c’est l’interdépendance des éléments qui constituent le phénomène urbain à la fois dans leur dimension verticale (hiérarchisation des pôles de croissance à partir d’une industrie motrice) et leur dimension horizontale (croissance diversifiée induite par l’association d’activités complémentaires). « Ainsi, la ville n’est pas une simple somme d’éléments ; elle existe comme unité, comme totalité réalisant des objectifs spécifiques distincts de ceux poursuivis directement par les unités microéconomiques qui la composent. » D’où le recours nécessaire à la sociologie en complément de l’analyse économique. Alors que dans le complexe industriel, c’est l’industrie qui est l’élément moteur, dans la ville « c’est le contexte global créé par le milieu urbain qui accroît les capacités productrice du système économique. » Il y a un dynamisme propre à la ville, dont l’élément spatial est déterminant contrairement à ce qu’on observe dans le complexe industriel fondé sur la hiérarchisation des activités à partir des activités de fabrication. Dans le modèle de croissance spécifique à la ville, « les transmissions verticales sont étroitement associées au développement de transmissions horizontales. »

En bref : « La ville moderne est une organisation générale de l’espace de nature à créer des bien collectifs à l’intérieur desquels se valorisent des biens individuels. »

Dernier axe de réflexion pour l’auteur : l’accent mis sur la nécessité d’une structure de décision et de calcul économique impliquant unité de gestion pour compenser les défaillances du marché et réguler l’interdépendance des courbes d’utilité et de coûts des divers agents économiques (producteurs et consommateurs) ainsi que pour traiter les externalités, qu’elles soient positives (avantages collectifs urbains) ou négatives (nuisances urbaines), au nom de l’équité autant que de l’efficacité. Ce qui renvoie au concept actuel, mais de plus en plus galvaudé, de gouvernance.

Par delà l’analyse économique, c’est bien à une réflexion plus large qu’appelle l’auteur en prônant le recours à la sociologie en vue de réinsérer l’économie dans le contexte social à travers la socio-économie, conçue comme discipline de synthèse mieux apte à saisir le phénomène urbain dans sa complexité.

 ***

 A ce stade de notre inventaire, à mi-parcours ou peu s’en faut, il apparaît bien que l’intérêt d’une approche par l’espace, rendu à son épaisseur dont les économistes néo-classiques l’avaient dépourvu, entendu comme dénominateur commun des sciences sociales, n’est plus à démontrer. Propre aux géographes dans sa dimension territoriale, centrée sur la société, la notion d’espace ne saurait en effet être exclusive d’une approche unidimensionnelle par le milieu (écologie), économique, sociologique, anthropologique, psychosociologique, historique…

Reste à articuler les sciences sociales avec une pratique de l’urbanisme et de l’aménagement en prise sur les réalités sociales et en accord avec les représentations que s’en font les habitants et les usagers des équipements collectifs. Ce qui, sauf à se résigner à l’impuissance, passe par les institutions et les modes de gouvernance et de participation qui leurs sont inhérents, exigence démocratique oblige.

A suivre :
Du système politico-administratif local à la gouvernance des villes

[1] 1966, nouvelle édition en 2000 avec un avant propos resituant l’ouvrage par rapport à l’actualité.

 

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