QUAND LES MOTS PERDENT LEUR SENS POUR DEVENIR LE SUPPORT DE FANTASMES RAVAGEURS

Mosquée-cathédrale de Cordoue
Elaeudanla278 / Wikipedia

Pourquoi ne peut-on pas dénoncer le radicalisme, alerter sur les dérives de l’islamisme, sans être taxé d’islamophobe ? pourquoi ne peut-on pas, au non de la laïcité même, prendre la défense des musulmans comme de n’importe quel croyant menacé par les dérives du culte auquel il adhère ou persécuté, sans être voué aux gémonies par les gardiens d’un ordre public immuable ?

Ne serait-ce pas par un défaut de la pensée toujours prompte à opposer pour s’affirmer et incapable de prendre la mesure du réel derrière les clivages qu’instaure l’opinion, elle-même exacerbée par les réseaux sociaux.

Ce qui renvoie à l’éducation, dispensée par les parents, éducateurs, professeurs, médias,… beaucoup plus qu’à l’Etat, dont l’impuissance en la matière est patent, mais dont la responsabilité d’encadrement et d’orientation à travers les lois qu’il promeut et la parole qu’il prodigue reste entière.

Quand des représentants de l’éducation nationale se voilent la face et que l’Etat bafouille, on peut bien, hélas, désespérer, sans pour autant que cela justifie une manifestation dont le mot d’ordre n’est que l’expression du détournement d’un certain vocabulaire outrageusement exploité par des tendances partisanes inavouées.

La manif contre l’islamophobie n’a, à cet égard, rien à envier aux manifs pour tous.  

« CHACUN APPELLE BARBARIE CE QUI N’EST PAS SON USAGE »*

Tour du silence, Yazd (Iran) – Ggia / Wikimedia Commons

A l’automne les feuilles tombent des arbres, reposant, jaunies, sur la terre dénudée, sans plus de formalités.

Pourquoi nous concernant faire tant d’histoires pour notre mise en terre ? Parce que, fait de chair, nous n’en supporterions pas la pourriture ?

Les mazdéens exposaient bien leurs cadavres sur le faîte de Tours du Silence pour être dévorés par les vautours ! Moins sophistiqués, les rites de ces derniers ne répondaient que mieux à leur aspiration pour les cieux vers lesquels ils élevaient leurs Tours du Silence afin de mieux s’en rapprocher à l’heure des funérailles. Ultime aspiration qui n’avait d’égal que le mépris pour le monde d’ici-bas dont ces hommes avaient témoigné leur vie durant, mais duquel ils prenaient paradoxalement soin, soucieux qu’ils étaient de ne pas souiller la terre**.

Autres rites, autres cultures, autres échappées !


* Montaigne : Des cannibales (Essais : I, 31).

** Du point de vue de l’écologie, on notera que, selon le service funéraire de la ville de Paris, l’inhumation aurait un plus fort impact environnemental que la crémation : 11% contre 3% des émissions annuelles moyennes de gaz à effet de serre d’un Français en équivalent CO(source : p. Planète du Monde daté des 1er et 2 novembre courants).

LA VOGUE DES CRITIQUES DE LA BETISE (THEORIQUE ET PRATIQUE) NE SE DEMENT PAS

Grafitti de Robert Musil Robert Musil Museum, Klagenfurt (Autriche) Source : Neithan90 : Wikimedia Commons
Paul Lafargue Source : Rilettillo / Wikimedia Commons

On ne compte plus la quantité de livres – plus ou moins érudits – traitant de la bêtise depuis la conférence de Musil sur le sujet en 1937*.

On ose espérer qu’ils témoignent de l’intelligence de leurs obstinés auteurs à défaut de celle de la multitude. Manifestation perverse d’un élitisme conforté par le narcissisme !

« La meilleure arme contre la bêtise, conclut Musil : la modestie » ; non sans toutefois relever que « nous sommes tous bêtes à l’occasion ».

Reste à élucider les rapports de la bêtise à la méchanceté. Les imbéciles n’ont sans doute pas le monopole de la méchanceté, loin de là ; mais, admet Rousseau dans sa réponse au roi de Pologne qui l’avait interpelé au sujet de son Discours sur les sciences et les arts « les lumières du méchant sont encore moins à craindre que sa brutale stupidité ». Pourtant rien n’est moins sûr. Aussi, prend-il soin de préciser qu’« elles le rendent au moins plus circonspect sur le mal qu’il pourrait faire, par la connaissance de celui qu’il en recevrait lui-même ».

Ce n’est pas pour autant que l’intelligence exonèrera le méchant de ses forfaits.

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Enfin, on ne manquera pas de relever que la paresse ou l’oisiveté connaît la même vogue depuis le fameux entretien de Sénèque De otio jusqu’à l’Eloge de l’oisiveté de Bertrand Russel en passant par Le droit à la paresse de Paul Lafargue**, pour s’en tenir aux plus célèbres thuriféraires de cette inclination par ailleurs brocardée ; non qu’il faille établir une relation de cause à effet entre bêtise et oisiveté, mais plutôt y voir cette même fascination ambivalente qui ressurgit d’autant plus forte dans les temps de crise qu’ils sont propices au questionnement sur la nature profonde de l’homme : son rapport à la raison et à la liberté. 

Au reste, sans la bêtise, sans la paresse, moindres maux nécessaires, à quelles aunes estimer l’intelligence et la valeur du travail ?  

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* Dernier en date à ma connaissance, une  Histoire de la bêtise de François Bégaudeau chez Pauvert (janvier 2019). Gageons qu’il ne sera pas le der des ders, tellement la bêtise continue de fasciner. Signe de temps désertés par l’intelligence ? C’est encore Musil qui écrivait en 1931 : « Si la bêtise ne ressemblait pas à si méprendre au progrès, au talent, à l’espoir ou au perfectionnement, personne ne voudrait être bête. » Pourtant, il y a belle lurette que le progrès ne trompe plus personne, au moins depuis  le Discours sur les arts et les sciences de Rousseau. La bêtise n’a même plus besoin de masque pour se manifester au grand jour. Aussi, peut-on craindre que la fascination, au fil du temps, se mue en une indifférence, encore plus pernicieuse.

** Paraphrasant Cicéron, Lafargue va jusqu’à écrire : « un citoyen qui donne son travail pour de l’argent se dégrade au rang des esclaves […] », avant de conclure dans un élan lyrique : « O Paresse, prends pitié de notre longue misère ! O Paresse, mère des arts et des nobles vertus, sois le baume des angoisses humaines ! »

RECEPTION DE BARBARA CASSIN A L’ACADEMIE FRANCAISE

Barbara Cassin en juin 2014
Photo Tomislav Medac / Wikipedia

Une femme de plus se réjouiront certaines, certains, pendant que d’autres déploreront qu’avec cinq femmes (pour 40 sièges), dont la secrétaire perpétuelle, Hélène Carrère d’Encausse, on soit encore si loin de la parité.

Mais c’est pour une toute autre raison que cette réception fera date. Quels dieux ont bien pu présider à l’association d’un prénom dérivé du substantif « barbare » au patronyme d’une illustre famille qui compte parmi ses proches ancêtres un des rédacteurs de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme de 1948 ? (*)

Ce ne serait donc pas par hasard que la célèbre philologue revendique ce double héritage : à travers son œuvre, elle s’est efforcée de défendre la diversité sous toutes ses formes, et d’abord la diversité culturelle reflet de celle des langues, bannissant le « globish » au même titre que le nationalisme.

Par les temps qui courent, quand s’affrontent d’une manière stérile universalistes et communautaristes, ce n’est pas rien, et il faut saluer les intellectuels qui, comme elle, s’attachent à « déconstruire » ces fausses évidences sur lesquelles surfent allègrement les extrémistes de tous bords, contribuant à nous enfermer dans des impasses idéologiques, sans recours ; sachant bien que les legs judéo-chrétien et gréco-latin, intriqués, ne doivent pas masquer que nous sommes les descendants directs de barbares et les héritiers d’une hybridation culturelle sans retour. Il est trop tard pour le regretter et trop tôt pour savoir ce que le monde globalisé et fragmenté d’aujourd’hui nous réserve pour demain : « Migrations, émigrations, conquêtes, aucune portion de l’humanité n’est restée au lieu de son origine, […] : nous sommes tous des exilés ! » (**).

Aussi bien, confronté à une évolution  irréversible – mais non dissolvante quoi qu’on prétende – il n’est pas d’autre alternative que de tirer le meilleur parti d’une diversité attractive autant que redoutée, tout en refusant Babel, tout en rejetant la domination d’une culture sur les autres. Et pour ce faire puiser, encore et toujours, dans la sophistique antique les vertus de la parole et de l’échange, du logos, seul antidote à la violence.

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(*) Le philosophe Jean-Luc Marion, qui l’a reçue sous la Coupole ne s’est pas privé de disserter sur l’étymologie de son prénom : « Madame, vous revendiquez le droit de barbariser ».

(**) La nostalgie sous-titré Quand donc est-on chez soi ?         


Contact : jeanfran.serre@gmail.com

MASCULIN FEMININ

Nicolas Mignard
Vénus et Adonis
(vers 1650) – Huile sur toile – Mineapolis Institute of Art (Wikipedia)

« La Femme respire, l’Homme se tient debout. » (René Char : Visage nuptial)

On dit d’une femme qu’elle est « frigide », d’un homme qu’il est « impuissant ». Cela ne revient-il pas à exprimer, in petto et de façon détournée, combien la femme a raison d’envelopper l’homme de sa chaleur et l’homme de prêter sa force à la femme. Pour le réconfort de l’un et la protection de l’autre, tous deux en manque de leur moitié, au grand dam des féministes les plus radicales, bien assurées de leur complétude, et au risque de la mignardise.

On n’est jamais trop vieux-jeu pour être éternellement jeune !

LES DEUX FACES DE L’HUMAINE NATURE

La vie entre imagination et raison

Il suffit que le mot « vie » résonne à nos oreilles pour que nous frétillions d’aise. Mais que celui de « raison » vienne à nous être asséné, et nous voilà tétanisés.

Pourtant, la vie sans la raison serait bien comme la folle du logis toutes portes et fenêtres ouvertes, dont la fureur d’abord contenue menace de déborder sur le dehors ; et la raison sans la vie comme quelque succube à ce point sevrée, altérée, qu’elle en déraisonnerait.

Tout ce qui est réel est peut-être rationnel, mais rien de ce qui est purement rationnel n’est viable.


Le Neveu de Rameau de Diderot constitue sans doute la meilleure illustration de cet aphorisme : « Il n’y a point de meilleur rôle auprès des grands que celui de fou. […] Celui qui serait sage n’aurait point de fou. Celui donc qui a un fou n’est pas sage ; s’il n’est pas sage, il est fou ; et peut-être, fût-il roi, le fou de son fou », déclare le neveu, qui incarne la déraison, au philosophe, parangon de sagesse. Mais sagesse, dont les affinités avec l’art, où elle puiserait sa vitalité, la tiendraient éloignée de l’aridité de la philosophie.

Ce qui renvoie, comme l’a bien vu Michel Foucault dans L’histoire de la folie à l’âge classique, à cet autre cercle vicieux, généralisé à l’humanité, de Pascal : « Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou. » (Pensée Fr 412) – Ambivalence de la raison chez Foucault : « La déraison devient la raison de la raison […]. »

DE LA FRANCE DES METROPOLES A LA METROPOLE FRANCE

Traversée du nord des Landes par l’A63 – Exemple emblématique de conflit entre la technique au service de l’aménagement du territoire et le souci de l’écologie.
Photo Larrousiney / Wikipedia

A propos de La France des territoires, défis et promesses de Pierre Veltz

Alors que le président Macron a ciblé le Rassemblement National (RN) en tant que principal adversaire politique en vue des prochaines élections municipales et que ce dernier par la voie de sa présidente a fait passé la résorption de la fracture territoriale avant la dénonciation de l’immigration ; alors qu’aux assises de l’Association des petites villes de France (APVF) au Pont du Gard le 19 septembre le Premier ministre déclarait que « l’acte II de ce quinquennat est celui des territoires, de tous les territoires et de toutes les communes », sous-entendu grandes et petites, et que  Marine Le Pen lançait le 15 septembre à Fréjus pour sa rentrée politique le mot d’ordre de « démétropolisation » ; alors que la reconquête des territoires ruraux est l’objectif de La République en marche ! (LRM) et que celui du RN est de séduire les habitants des grandes villes, il est plus que jamais opportun de reprendre le fil des réflexions de Pierre Veltz à travers son dernier ouvrage paru en début d’année aux Editions de l’aube afin d’y voir plus clair et fourbir ses armes en vue des futures échéances électorales.

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